No Pirlo, No Party

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Débat, controverses et polémiques font, depuis toujours, partie du monde du football. Certes, depuis les années 2000, avec l’émergence des droits de télévision internationaux, l’arrivée des sites de vidéos en ligne où l’on peut regarder les meilleurs moments de tous les footballeurs et des médias sociaux avec tous les avantages et inconvénients qu’on leur connaît, les débats se sont rabattus sur les pseudo-rivalités entre les fans des diverses stars de la constellation «football».

En effet, je ne compte plus les fois où je me suis fait demander «Messi ou Ronaldo?», où à chaque fois, par chauvinisme, je défendais ardemment le lusitanien. Je ne me rappelle guère du nombre de personnes que j’ai vues, dans la même semaine, changer de position deux ou trois fois sur Mario Balotelli au rythme des frasques et des performances de Super-Mario. Sans doute le plus grand exemple de ces débats stériles, revient deux à trois fois par ans, lors des Clásico Barça-Réal, alors que les supporters de chaque camp tentent de convaincre, à coup d’arguments bidon, que leur équipe est quasiment bénie des dieux, tandis que l’adversaire peut aller pourrir en enfer et tout ceci, le plus sérieusement du monde.

Il existe néanmoins un joueur qui fait la quasi-unanimité et qui passe malheureusement souvent sous les radars car, tel un grand sage, il ne parle pas et ne s’agite pas pour rien. Il fait très peu d’erreurs et es possiblement le joueur le plus régulier et le plus intelligent de sa génération. Il s’agit bien-sûr, d’Andrea Pirlo.

Pirlo c’est tout simplement la classe sur deux jambes. Il montre rarement ses émotions et ne fait pas de scandale hors du terrain. Il laisse parler son jeu. Pirlo détonne de tous les autres footballeurs vedette. En effet, il n’est pas le plus rapide ni le plus doué techniquement, ni le plus grand, ni le plus physique et il ne défend pas mieux qu’un autre… Cependant, Pirlo est un génie. Il possède une vision du jeu hors du commun et distribue le ballon avec une régularité et une précision à faire baver n’importe quel neurochirurgien et à décontenancer les meilleurs tacticiens. C’est aussi cette précision qui fait de Pirlo l’un des plus redoutables tireurs de ballons arrêtés du monde. À chaque fois qu’il s’exécute, le stade retient son souffle sachant pertinemment que l’on pourrait assister à une autre pièce d’anthologie.

Andrea Pirlo est au football italien moderne ce que De Vinci fut à la renaissance italienne, le catalyseur du mouvement et l’un des plus grands architectes que le football italien ait pu connaître. Personne ne construit le jeu de la même façon qu’il architetto, chaque passe, chaque geste est conçu pour être le plus efficace possible et il réussit à chaque fois à surprendre tout le monde.

Rarement avons-nous vu un milieu de terrain si important à son équipe que s’il s’absente, l’équipe change de style de jeu. Pirlo est comme un chef d’orchestre qui, pendant 90 minutes, dirige ses coéquipiers afin que ceux-ci, au rythme de ses passes et de ses décisions, produisent un football d’une grande qualité, s’apparentant à un concerto digne des plus grands compositeurs. On ne s’étonne point donc que Pirlo soit surnommé Mozart.

Ce qui fait de Pirlo une légende vivante, c’est aussi que comme le bon vin, Pirlo ne cesse de se bonifier avec le temps. L’AC Milan doit se mordre les doigts d’avoir laissé partir un tel maître dans l’art footballistique, sous prétexte qu’il était trop vieux. La Juventus qui l’a récupéré connait quant à elle une vague de succès depuis l’arrivée du numéro 21 dans ses rangs.

Au-delà de ses capacités footballistiques, Pirlo détonne des autres footballeurs par son stoïcisme et son calme légendaire mais aussi par sa barbe et ses longs cheveux qui lui donnent des airs de philosophe. Aussi ,rarement le voit-on s’emporter sur le terrain. Il ne s’est fait expulser que deux fois dans toute sa carrière, fait plutôt rare pour un milieu de terrain.

En fait, le seul reproche que je puisse faire à Pirlo c’est qu’il vieillit et que je n’aurai pu assister aussi souvent que je l’aurai voulu à ses prestations car, comme le dit un certain adage, «No Pirlo, No Party». Il lui reste encore deux ou trois ans à illuminer la planète foot de son immense savoir.