L’indetrônable Roi Sepp

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Non, je n’ai pas plagié un titre shakespearien, mais c’est tout comme. En effet, depuis plusieurs années la FIFA et son président sortant Joseph «Sepp» Blatter sont associés à moults scandales de corruption et entretiennent certaines pratiques fort critiquables, comme l’a récemment mis de l’avant l’humoriste John Oliver, dans son émission Last Week Tonight. Dans l’actualité, on ne peut passer à côté de l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, alors que plusieurs soupçonnent le comité organisateur d’avoir acheté des voix lors du vote pour l’obtention de l’évènement, pour mousser une candidature n’était pas des plus concluantes.

Ce scandale a donné lieu à la création d’une enquête indépendante dirigée par Michael J. Garcia, un ancien procureur américain, qui a été nommé à la tête de la section d’enquête du comité d’éthique de la FIFA en 2012. Garcia publia, en septembre 2014, un volumineux rapport qui mettait en lumière de nombreux procédés malhonnêtes, toutefois, on était loin de voir la vérité éclater au grand jour, car Hans-Joachim Eckert, chargé des questions d’éthiques à la FIFA, devait faire son propre résumé du rapport. Or, ce dernier arrive à la conclusion que le Qatar et la Russie n’avaient pas commis d’actes reprochables dans leurs campagnes pour l’obtention de la Coupe du Monde. Il considère que ce serait plutôt l’Australie et l’Angleterre qui auront agit de façon potentiellement frauduleuse.

Au travers de tout ce brouhaha, un fait demeure: très peu de gens ont pu lire le fameux rapport Garcia qui devrait être rendu public au printemps 2015. C’est là l’ultime exemple des procédures douteuses et suspectes qui ont cours à la FIFA, qui voit le comité chargé de faire la lumière sur un important scandale être lui aussi plongé dans une marée de soupçons.

C’est sous cette trame de suspicion et dans la tourmente du plus récent de la lignée des scandales de la FIFA que se déroule actuellement la campagne pour élire (ou réélire) un nouveau  président. Quatre candidats ont été entérinés par les hautes instances de la FIFA :

Le président sortant Joseph «Sepp» Blatter d’origine suisse, l’homme de 79 ans est à la tête de la FIFA depuis 1998, il a été réélu à trois reprises. Sous son règne, la FIFA a réussi à étendre ses activités notamment en accordant la Coupe du Monde à de nombreuses puissances émergentes, telles que l’Afrique du Sud, le Brésil et la Russie. De plus, la FIFA a vu ses revenus atteindre des sommets et elle a signé une multitude de partenariats avec divers sponsors. Toutefois, le règne de Blatter a souvent été critiqué, principalement  en raison de multiples allégations de fraude et de corruption, tant au moment de l’élection de Blatter en 1998, que lors d’une histoire en 2001-2002 avec la firme de marketing ISL détenue par un proche de Blatter et soupçonnée d’avoir agi frauduleusement et d’avoir servi au détournement de fonds.

Blatter s’est aussi fait remarquer pour certains propos controversés, appelant, en 2010, les homosexuels assistant au tournoi à s’abstenir de relations sexuelles lors de la Coupe du Monde au Qatar pour ne pas enfreindre les valeurs du pays. En déclarant, qu’il n’y a pas de dopage dans le football, que le racisme n’est pas une plaie pour le football, mais bien que ce fléau faisait partie du jeu et que les footballeuses devraient être habillées plus «sexy». Blatter a multiplié ce type de gaffes et légion sont ceux qui souhaitent son départ.

Son premier rival est l’ancienne gloire du football portugais Luis Figo, âgé de 42 ans, le lusitanien est l’espoir d’un vent nouveau pour la FIFA. Il a pris sa retraite en 2009 après une fabuleuse carrière professionnelle, partagée entre le Sporting Portugal, le FC Barcelone, le Real Madrid et l’Inter, raflant au passage un Ballon d’or, une Ligue des Champions ainsi qu’une seconde place à l’EURO 2004 et une quatrième place à la Coupe du Monde de 2006. Après, avoir accroché ses crampons, il s’est retrouvé au sein de la direction de l’Inter. Après l’annonce de la non-publication du rapport Garcia, il s’est lancé dans la course à la présidence car il considère qu’il doit y avoir plus de transparence.

Dans son programme, Figo propose une meilleure répartition des réserves financières de la FIFA. En effet, il considère que le montant avoisinant les de 1,5 milliards de dollars en réserve est excessif et que l’on devrait le réduire à 500 millions, tout en redistribuant l’argent aux associations membres. Il propose aussi d’augmenter le nombre d’équipes participant à la phase finale de la Coupe du Monde afin de faire plus de place aux sélections non-européennes. De plus, il soutient l’idée de limiter à 12 ans le nombre d’années qu’un individu puisse passer à la tête de la FIFA.

Le second aspirant est le prince Ali de Jordanie. Âgé de 39 ans, il représente actuellement l’Asie au sein des hautes-sphères de la FIFA, en tant que étant vice-président chargé de ce continent. Il est un ardent défenseur de la transparence et soutenait la publication du rapport Garcia dans sa version intégrale. Il soutient dans son programme plus de transparence dans les instances dirigeantes, une meilleure redistribution des richesses et l’investissement dans le développement du football spécialement au football féminin. Il veut que, dans un délai de quatre ans, toutes les associations-membres aient les infrastructures et les ressources nécessaires pour pouvoir pleinement développer le football dans leur pays. L’un des points fort intéressants de son programme est sa volonté de renforcer la responsabilité sociale des clubs, des associations et de la FIFA pour s’attaquer aux problèmes d’exploitation des joueurs, de racisme, de dopage et de trucage de matchs.

Le troisième candidat a défier Blatter est le néerlandais Michael van Praag, 68 ans. Actuel président de la Fédération Royale néerlandaise de Football (KNVB), il est un fervent détracteur de Blatter et n’a pas hésité à critiquer ouvertement les agissements du président sortant. L’un de ses principaux objectifs de campagnes est de réduire les coûts d’opérations de la FIFA, qui, malgré de faramineux profits, a un volumineux compte de dépenses. Il propose dans cette veine de publier les dépenses de la FIFA y compris celles du président. Il veut aussi que les pouvoirs du président soient réduits et propose du même coup la création d’un Conseil des présidents des Confédérations régionales auraient certaines prérogatives actuellement réservée au seul président de la FIFA, tout cela dans le but de rendre la FIFA plus transparente et plus accessible à ses membres. Ultimement, il s’est engagé à publier le rapport Garcia le plus tôt possible.

En tout honnêteté, j’entretiens un certain biais en faveur Luis Figo strictement car j’ai grandi en l’admirant et que je considère, qu’à prime abord, il revient aux acteurs principaux du football, les joueurs, de se réapproprier les instances dirigeantes de leur sport. Mais outre mes considérations personnelles, au-delà de ce favoritisme, je considère qu’il est grand temps que la FIFA fasse une introspection: Tant de scandales, de magouilles et d’allégations de fraude, de corruption, entachent ce si beau sport qu’est le football.

Il est grand temps que la FIFA redore son blason, car bien au-delà des pots de vins et des votes achetés, il y a actuellement des travailleurs au Qatar qui voient leurs conditions de travail et de vie réduites à néant. Certains d’entre eux en payent le prix de leur vie et tout cela pourquoi? La grande mascarade du football. Il va sans dire que le 29 mai, date où sera choisi le nouveau président, j’espère que les électeurs auront en tête ces travailleurs lorsqu’ils feront leur choix, en osant un vent de changement qui soufflera sur Zurich et, bien entendu, que le candidat élu tienne parole.