Jürgen Klopp : Des Jaunes aux Reds

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C’en est fait de Brendan Rodgers à Anfield. 40 mois après son arrivée à la tête du Liverpool FC, le propriétaire du club, le groupe américain Fenway Sports Group, a contacté Rodgers, le 4 octobre dernier, pour lui annoncer que son aventure avec le club de Merseyside était terminée. L’Anglais de 42 ans devra donc se trouver un nouvel emploi, mais c’est surtout le poste qu’il libère qui a retenu l’attention, avec le très coloré maestro allemand, Jurgen Klopp, s,amenant en remplacement. 

C’était un secret de polichinelle que Rodgers était sur la corde raide, à Anfield, lorsque son club a mit les pieds sur le terrain dimanche dernier pour y affronter leurs rivaux de Merseyside, Everton. Tous et chacun savait ce qui attendait potentiellement l’entraineur anglais s’il ne parvenait à sortir du derby avec un résultat satisfaisant. Le retour dans le XI partant de Daniel Sturridge laissait croire que Liverpool pouvait bien être sur la voie de la guérison, l’attaquant anglais ayant touché le fond du filet à deux reprises la fin de semaine dernière, mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu.

Le match en tant que tel n’aurait pas mérité l’attention qu’on lui a finalement donné lorsque le couperet est tombé après le match. Un manque d’énergie, d’incision et de qualité dans le jeu des deux équipes n’ont pas donné le spectacle escompté pour un match avec un enjeu aussi important. C’est la recrue Danny Ings qui a ouvert la marque pour Liverpool, mais ce ne fut pas suffisant. Romelo Lukaku a égalisé la marque, quelques minutes plus tard, pour permettre à Everton d’obtenir le match nul.

On sentait la fin venir dans la salle de presse, après le match, alors que Rodgers y est allé de plusieurs allusions au fait qu’on pourrait bientôt voir un nouvel entraineur diriger les Reds. Il avait vu juste. Une heure après son départ de Goodison Park, il recevait un appel du président du Fenway Group Park qui l’informait de son renvoi. Une surprise? Non. Une déception? Certainement.

Arrivé en 2012 de Swansea City, Rodgers a eu ses moments à Anfield, guidant le club à une victoire près d’un premier championnat anglais en plus de 50 ans, il y a deux ans, alors que le club misait sur l’excellence de Luis Suarèz et le leadership de Steven Gerrard, tout deux partis depuis. Au final cependant, les performances de l’équipe dans les deux dernières saisons auront coulé Rodgers, qui n’est pas parvenu à répéter ses exploits de 2013. Le football est une business, et lorsqu’on investit près de 300 millions de livres dans une équipe sur une période de 40 mois, on s’attend à des résultats. Ces investissements n’ont pas offert le retour espéré, et c’est Rodgers qui paie le gros prix pour les insuccès de ses acquisitions.

Cette saison a été plutôt difficile pour le Liverpool FC, qui se retrouve actuellement au 10e rang de la Premier League, avec seulement trois victoires en poche et une maigre récolte de 12 points en 8 rencontres. Leur seule victoire dans les neuf dernières parties du club a été acquise aux dépends d’Aston Villa, dans un match de la coupe Capital One, et les Reds n’ont obtenus que 3 victoires à leur onze derniers matchs, toutes compétitions confondues. Les acquisitions de Rodgers durant la période estivale, tel que Benteke et Firmino, ne performent pas au niveau escompté et le club manque de caractère sur le terrain.

C’est donc au Goodison Park, tout comme Carlo Ancelotti à Chelsea et David Moyes à United avant lui, que Rodgers aura disputé son dernier match à la tête de son club. Les prestations de l’équipe laissaient à désirer, les rendements n’étaient pas là. Il était nécessaire d’apporter un vent de renouveau à Anfield, un vent de fraicheur. Et qui de mieux pour ce faire que Jürgen Klopp.

Klopp à la barre

La nouvelle a fait rugir les journaux anglais depuis l’annonce du renvoi de Rodgers, dimanche dernier. Et aujourd’hui, c’est confirmé. C’est le très coloré Jürgen Klopp qui aura la mission de redonner des couleurs aux Reds. Amenant avec lui ses anciens adjoints de Dortmund, Zeljko Buvac et Peter Krawietz, Klopp a signé un contrat de trois ans avec Liverpool, acceptant du même coup de mettre un terme à sa décision de prendre une année sabbatique suite à son départ de son ancien club, à la fin de la dernière saison.

Celui qui était vu comme le successeur à Pep Guardiola à Bayern, si ce dernier décide de quitter à la fin de la présente campagne, s’amènera donc à Anfield avec une philosophie radicalement différente de celle de son prédecesseur. Pour comprendre le changement drastique qu’apportera l’arrivée de Klopp dans le vestiaire, il faut d’abord savoir que l’Allemand de 48 ans est un personnage, au sens le plus littéral du terme. Arborant toujours son manteau, sa casquette et ses fameuses lunettes, Klopp est reconnu pour ses célébrations on ne peu plus explosives, son franc-parler comique lors des conférences de presse et sa passion incontrôlable, qui l’amène parfois à commettre des actes que certains pourraient considérer comme frôlant la violence physique. Ouais, un personnage.

En lisant cette description de l’homme, vous pourriez être tentés de penser que Klopp n’est rien de plus que l’équivalent de votre vieil oncle grincheux et exhubérant qui écoute un match des Canadiens, une bière à la main. Mais la réputation de Klopp ne vient pas que sa personnalité. Il a une carrière impressionnante, et amènera avec lui un baggage d’expériences et de succès que peu d’entraineurs peuvent se vanter d’avoir.
En mai 2008, lors de la conférence de presse qui le consacrait comme le nouvel entraineur du club allemand Borussia Dortmund, qui flottait à l’époque dans le milieu du classement, Klopp avait affirmé qu’il allait ramener le club dans les hautes sphères de la Bundesliga, et qu’il allait amener les joueurs à un autre niveau. De grands mots pour un homme qui devait encore construire sa réputation, arrivant d’un séjour de 7 ans comme entraineur du Mainz FC.

Et bien, grand parleur, grand faiseur que ce Jürgen Klopp. En moins de deux ans, il a fait de Dortmund un des clubs les plus respecté d’Europe. Ayant évité de peu la rélégation la saison avant son arrivée, Klopp permet à son club de remporté la Bundesliga à deux reprises, en 2011 et en 2012. Il a également remporté le Deutsch Pokal et a mené son équipe jusqu’en final de la Ligue des Champions en 2013, voyant son club s’incliner 2-1 contre son grand rival, Bayern Munich. Sa dernière année fut moins rose, Dortmund connaissant une saison difficile, passant la majorité de la saison dans la deuxième moitié du classement, mais son départ a marqué la fin d’une ère pour le BVB.

La situation dans laquelle il arrive, à Liverpool, rappelle un peu celle qui l’attendait en 2008, devant mener un club de milieu de classement vers de meilleurs résultats. Prônant un style de jeu agressif dans lequel ses joueurs doivent appliquer une pression constante sur le porteur du ballon, jouant haut sur le terrain en tentant de créer des revirement et de pousser l’équipe adverse à se compromettre, Klopp ne devrait pas avoir trop de difficultés à installer son régime à Merseyside. Arrivant à la tête d’une équipe jeune, son caractère exhubérant, sa capacité à faire passer des messages et son immense talent de motivateur devraient conquérir assez facilement ses nouveaux joueurs.

Son arrivée coincide cependant avec la pause internationale, et il est indéniable qu’avec plus de la moitié de son club à l’entrainement avec leurs compatriotes, il faudra attendre quelques semaines avant de voir la teinte Klopp au jeu de l’équipe. D’un autre côté, il aura amplement le temps de s’adapter à son nouvel environnement. On aura également hâte de voir les ressources dont disposera le nouvel entraineur de Liverpool lorsque arrivera le mercato d’hiver et quels joueurs il sera tenter de rapatrier à Merseyside.

Mais dans l’intermédiaire, il y a trois mots à retenir : énergie, passion et résultats. C’est ce que tentera d’amener Klopp à Liverpool. Le club se doit d’avoir des résultats, et l’entraineur allemand est la personne idéale pour redorer l’image de l’équipe. Jürgen Klopp dirigera son premier match le 17 octobre prochain, alors que les Reds visiteront Tottenham au White Hart Lane. C’est un rendez-vous!