Mon cher Alain…

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MLS Regular Season 2015 - Montreal Impact vs. Chicago Fire
Photo: Pablo A. Ortiz, noticiasmontreal.com

Je termine à l’instant la lecture de votre billet, dans lequel vous donnez la réplique aux critiques de mon collègue Jeremy Filosa concernant le piètre traitement que les télédiffuseurs, RDS en particulier, réservent à l’un des trois clubs professionnels de la métropole, l’Impact de Montréal. 

Comme vous le dites si bien au quatrième paragraphe, « Jeremy a probablement raison sur le fond ». C’est si vrai, que votre billet aurait dû se terminer sur ces sages paroles, au lieu de vous lancer dans une vague, et très sommaire, défense d’un status quo aussi regrettable qu’évitable, comparant froidement, sans la moindre nuance ou analyse, les cotes d’écoute de la Sainte Flanelle à celles du Bleu-Blanc-Noir.

Outre cette comparaison grossière, vous omettez de mentionner  qu’il n’y a qu’un seul (UN SEUL!) représentant des grands médias québécois affecté au beat de l’Impact, soit Dave Lévesque du Journal de Montréal, qu’il n’y a pas sur vos ondes, ni celles de la compétition, un équivalent soccer de Hockey 360, ni aucun magazine tel que Blitz (LCF/NFL). Comment voulez-vous que l’amateur de sports moyen québécois apprenne à connaître une équipe, un sport, un produit aussi mal travaillé? Les Chiffres, M. Crête, racontent ce qu’on veut bien leur faire dire…

Parlant de la LCF, il n’est pas exagéré d’affirmer que cette ligue, qui n’est même pas le principal exposant de son sport en Amérique du Nord, n’existerait probablement plus (pas comme nous la connaissons aujourd’hui, à tout le moins) si TSN (et, par la bande, RDS) n’avait pas un jour décidé d’en faire un de ses principaux chevaux de bataille, travaillant le produit comme il se doit, avec la promotion et la couverture que cela implique, lui insufflant du coup une trame narrative et une aura dont une ligue de deuxième ordre pouvait seulement rêver. Je suis sincèrement surpris qu’un homme avec votre parcours sous-estime à ce point le pouvoir de votre medium.

Je trouve votre complaisance bien triste, surtout car elle reflète parfaitement le manque de vision et la déconnexion qui régit chez les décideurs du monde médiatique d’ici. Déconnexion dont vous faites amplement étalage lorsque vous vous demandez tout haut et avec tout le sérieux du monde :

L’Impact serait-il un « happening » et se pourrait-il qu’il ne fasse pas encore partie de nos moeurs sportives? Que va-t-il se passer quand Drogba va quitter?

Il est grand temps d’ouvrir les yeux! On ne parle pas de hurling ici, mais bien du sport le plus pratiqué par nos jeunes depuis près de 20 ans. D’un sport qui, contrairement au hockey, soulève les passions au quatre coins du globe et dont les seules synergies mondiales confèrent à l’Impact (et la MLS) un potentiel intarissable, qui ne fera que se décupler dans la prochaine décennie.

À votre question, je réponds que l’Impact est non seulement ici pour rester, mais deviendra, au cours des prochaines années, un spectacle et un produit médiatique tout aussi convoité (par les fans et les annonceurs) que le Canadien de Montréal. Une éventualité qui fait peur à bon nombre d’acteurs d’un paysage médiatique tristement homogène, qui évoluent dans la facilité de leur zone de confort depuis beaucoup trop longtemps.

La vraie question, M. Crête, n’est donc pas de savoir si ça va arriver, mais bien quand et, surtout, qui saura en profiter?

Sans rancune…

PS: Vous ne vous imaginez même pas à quel point Didier Drogba est plus populaire que Steven Gerrard! 🙂

  • Leader

    Je suis resté sans voix sur la comparaison Drogba vs Gerrard, le vrai problème est que nos journalistes sportifs sont mal à l’aise de commenter le soccer car eux mm ne connaissent pas les règles. Imagine juste que samedi prochain le 24/10 il y aura plus 20 000 personnes au mm moment tant au stade Saputo et qu’au centre Bell ca prouve qu’à un certain moment les médias doivent embarquer.

    • Arcadio Marcuzzi

      En fait, le match de l’Impact aura lieu dimanche le 25.

  • François-Xavier Clément

    Regardez ce qui ce passe présentement avec les Jays! Personnellement, je n’ai aucunement l’impression que le baseball gagne réellement en popularité au Québec, c’est simplement les médias qui se donnent la peine d’en parler davantage aujourd’hui à cause du succès actuel des Jays. Ça permet aux amateurs occasionnels de sortir du placard et d’enfin s’afficher comme étant des amateurs de baseball!

    Ça ramène une question sous-jacente! Dans la vie de tous les jours, vous vous intéressez sincèrement au CH à hauteur de 90% de votre consommation sportive?

    Bien sûr que non!

    Outre les partisans bornés du CH et les médias québécois, personne dans la Belle Province ne suit la seule franchise majeure au Québec avec autant d’intérêt. C’est normal d’en parler beaucoup, elle est seule dans son marché, mais ce n’est absolument pas normal de considérer les amateurs de sports québécois comme étant un simple groupe monolithique n’ayant qu’une seule fixation maladive!

    Sur le plancher des vaches, à la machine à café, au bar, dans des soirées familiales ou entre amis lorsque vous parlez de sports, vous parlez sincèrement du CH à 90% du temps comme les médias québécois le font?

    Moi non plus!

    Peut-être dans le monde des “sidekick” à Mathias Brunet. Peut-être dans les microcosmes de Twitter ou de Facebook des indécrottables fefans du CH qui s’alimentent mutuellement en suivant religieusement des nouvelles uniquement vouées au CH. Assurément sur les lignes ouvertes à Ron, Ron, Ron et autres J’achale LaJoie, mais, certainement pas dans la vraie vie! Pas auprès de gens provenant des diverses strates de la société. Le Québec est loin d’être aussi homogène sur le plan sportif que veulent bien le laisser croire les médias locaux!

    Ce qui nous ramène au traitement médiatique du sport au Québec. En plein été, je peux vous confirmer que l’ailier gauche du 4e trio ne m’intéresse absolument pas, tout comme c’est le cas pour la vaste majorité des Québécois! À l’automne, en pleine course aux Séries du Baseball majeur et au début de saison de la NFL en septembre, je n’ai pratiquement jamais entendu personne parler des 58 recrues du CH, pourtant les médias francophones n’en avaient que pour eux et pour le tournoi de golf caritatif du CH…

    Mais, ça, j’ai bien peur que les médias sportifs québécois ne le comprennent jamais, étant trop aveuglés par leurs partisaneries inconscientes, irréfléchies et inconditionnelles envers leur fixation pathologique pour le CH!

    Pour revenir aux Jays, je ne crois pas qu’ils rendent le baseball plus vivant qu’il ne l’était déjà au Québec, mais ils ont par contre permis d’enlever certaines œillères que s’étaient imposées plusieurs Québécois dans leur processus de deuil suite à la perte des Expos!

    Il faut dire que ces fameuses œillères ont été bien ancrées et confortées par les médias québécois qui depuis 20 ans n’ont fait que parler négativement du baseball. Que l’on pense à la grève de 94, aux ventes de feu répétées de 95, 96, 97, aux multiples menaces de déménagement de Claude Brochu, aux interminables chicanes internes des actionnaires du consortium du Québec inc., de la vente à rabais à Loria, à l’ère Loria, à la menace de dissolution pure et simple de l’équipe par la MLB, à la tutelle de 3 ans de la MLB, aux scandales des stéroïdes, au rapport Mitchell, etc.).

    Ça, c’était les seules informations que daignaient nous transmettre nos valeureux médias. Sans quoi nous avions droit au vide sidéral en termes de couverture médiatique. Le baseball a été complètement ignoré, délaissé durant cette période, si ce n’était que pour témoigner des scandales ou des nouvelles négativent… À croire, qu’au Québec, le baseball était en hibernation et qu’il fallait une équipe construite par un Montréalais et menée sur le terrain par un receveur héritier des Expos pour réveiller la flamme passionnelle envers ce sport qui brûlait toujours, mais doucement en dormance latente!

    Pourquoi certains sujets retiennent-ils beaucoup l‘attention des grands médias alors que d‘autres sont passés sous silence?

    Ce n’est pas compliqué, les médias ne nous parlent pas de ce qui est important, mais bien de ce qui les intéresse eux. Les médias décident des nouvelles qu‘ils veulent bien nous transmettre. Quoique cela n’est pas immuable seulement aux médias sportifs.

    À n’en point douter, les journalistes ont un réel poids médiatique par rapport à la place qu’occupe une nouvelle dans son marché. Mais, le cas précis de Filosa nous démontre en même temps qu’il est imputable des décisions prises au-dessus de lui par son directeur de salle de presse. En fait, ces derniers choisissent bien souvent la facilité et le dénominateur commun le plus bas pour ratisser le plus large. Ils nous imposent LEURS nouvelles en nous les enfonçant profondément dans la gorge…

    Le soccer est aussi mal couvert que le baseball ou le football au Québec. Mais, on doit avouer qu’il y a quelque chose de très pernicieux qui se passe entre les amateurs de ces différents sports – et, ils représentent pas mal plus l’ensemble des vrais amateurs de sports au Québec que les fefans du CH.

    Les amateurs des différents sports passent leurs temps à dénigrer les autres sports au profit du leur. Les fans de soccer vont dénigrer le baseball pour valoriser le ballon rond, alors que les fans de football vont ridiculiser le concept même du soccer pour étaler leur point sur la question du mauvais traitement journalistique. Et, vice versa. La roue tourne et ça fait longtemps que c’est ainsi au Québec. Nous sommes plusieurs à viser les mauvaises cibles dans l’espoir d’obtenir plus de respect des médias.

    Personnellement, je suis d’avis que le fait de s’en prendre directement à un autre sport mal couvert par les médias québécois pour défendre son point sur la mauvaise couverture journalistique du sport au Québec est un non-sens le plus total!

    Je ne suis pas de ceux qui croient au besoin de dénigrer un sport au profit d’un autre. Je ne crois pas que les Québécois soient un groupe monolithique n’ayant qu’une seule fixation sportive. Nous avons une richesse culturelle sportive beaucoup plus vaste que ce que les médias veulent bien le faire entendre!

    En fait, cela se voit souvent chez plusieurs journalistes professionnels. Dans mon livre à moi, dénigrer un sport au profit d’un autre, ça, c’est un grave manque de professionnalisme et l’étalement public d’une piètre culture sportive!

    Le soccer à son public à Montréal. Il a su trouver sa niche. Le beau parcours de l’Impact en ligue des champions, qui malgré la défaite aura fait rayonner le nom de Montréal et ça, c’est positif! Mais, malgré la venue de Drogba et leurs récents succès, je n’ai pas l’impression que ça leur a réellement permis d’enlever les œillères des dirigeants des salles de rédaction sportive…

    Les journalistes comme plusieurs amateurs de sports pratiquent cette discipline de dénigrement des autres sports depuis des années. Parce que l’on ne connait pas ou n’apprécie pas un sport, on le méprise. Cela dit, l’imputabilité des journalistes et des dirigeants des médias sportifs face à cette mauvaise couverture n’a jamais été réellement admise. Le quatrième pouvoir n’a jamais pris ses responsabilités en la matière au Québec. Or, dénigrer un sport au profit d’un autre ne fera jamais de Montréal une vraie ville de sport!

    Ce manque flagrant de volonté des patrons des médias sportifs québécois d’offrir une richesse de diversité de contenu n’a d’égale que la paresse intellectuelle des journalistes qu’ils emploient! Ce laxisme exacerbé qui les pousse, non seulement, à se concentrer uniquement sur le hockey, mais sur leur obsession de la Sainte-Flanelle…

    Il est grand temps de concevoir autrement le traitement journalistique du monde du sport au Québec!

    Mais, je ne crois pas que ça risque d’arrivée de sitôt… Les décideurs des salles de nouvelles sportives et les journalistes ont depuis longtemps cessé de réfléchir…

    • Arcadio Marcuzzi

      Tout est dit! Merci beaucoup de votre, ô combien éloquente, contribution!