The Game of our Lives, un portrait ponctuel du foot anglais

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Septembre 2000, Barcelone, j’arrive dans la capitale catalane et comme tout bon touriste, j’arpente La Rambla, principale rue touristique de la ville. Autour de moi, des chants, en anglais, de la bière, et des maillots blancs sur les terrasses. La raison de cette animation? Un match de Ligue des Champions entre le Barça et Leeds United. C’est de cette façon que moi, Québécois pure laine, analphabète du foot, j’ai vécu mon introduction au football anglais grâce à quelques supporters du nord de l’Angleterre en voyage éclair en Espagne.

Inventeurs du football moderne, les Anglais continuent à jouer un rôle prépondérant dans le monde du ballon-rond. Le foot joué en Angleterre, via la Premier League, est le plus vu à travers le monde, mais ce n’est que la pointe d’un énorme iceberg. Avec le produit sportif, viennent toute une culture et une histoire, qui résonnent dans la façon dont on voit et vit ce sport.

C’est dans cette optique que j’ai lu The game of our lives: The meaning and making of English football de l’auteur David Goldblatt. Récent gagnant du William Hill Sports Book of the Year, Goldblatt a d’abord fait des études de sociologie, avant de se tourner vers le journalisme. Tout au long de 300 et quelques pages, c’est surtout son côté sociologue qui ressort. Goldblatt trace un portrait exhaustif de tout ce qui entoure le football anglais et de son évolution depuis le début des années ’80.

D’entrée de jeu, Goldblatt s’attaque au sujet corsé de l’économie dans le foot. Univers très intéressant, mais il quelque peu complexe pour les non-initiés. Déjà, si vous ne connaissez du foot anglais que la Premier League et l’équipe nationale, vous risquez de vous perdre entre Bristol City, Coventry City et Wrexham.

On voit aussi que Goldblatt s’adresse à un public initié quand vient le temps d’expliquer les causes des changements qui surviennent au début des années ’80. L’exemple parfait est celui de la mise à niveau des infrastructures. Il parle bien-sûr des tragédies de Bradley City et de Hillsborough comme éléments déclencheurs, mais il n’explique pas vraiment ce qui s’y est passé, tenant pour acquis que son lecteur le sait déjà. Même chose plus loin, quand il parle des clubs anglais bannis des compétitions européennes suite au drame du Heysel.

Par chance, ces petits désagréments sont facilement pardonnables (merci Google!). Rapidement, on se rend compte que l’auteur maîtrise son sujet. Dans le second chapitre, il dresse un portrait précis des gens qui, à travers les années, ont peuplé les estrades des stades d’Angleterre. Il nous montre comment, petit à petit, la classe ouvrière, originalement prédominante, est pratiquement disparue des stades.

Un autre concept abordé par l’auteur est celui de l’identité. D’abord de façon plus globale, en montrant comment les clubs s’inscrivent dans leur environnement, essentiellement urbain. Ensuite, au niveau plus individuel, en parlant entre autres d’immigration et de racisme, ou des femmes et de sexisme. Puis, finalement, et c’est selon moi le chapitre le plus intéressant du livre, en explorant comment le foot se positionne par rapport au nationalisme chez les individus.

Dans ce cinquième chapitre, Goldblatt étend ses frontières à l’Irlande du Nord, à l’Écosse et au Pays de Galles. Il établit le contexte footballistique de ces nations pour ensuite le comparer au contexte anglais. L’auteur montre bien comment le profil des supporters anglais, vivant dans une dynamique différente des autres britanniques, a changé au fil des années. D’une Coupe du monde en sol anglais en 1966, où la mascotte était drapée d’un Union Jack, à une foule multi-ethnique qui brandit la croix de St-Georges, on voit bien comment tout ce qui entoure l’équipe d’Angleterre a muté de paire avec la société anglaise.

Au final, The game of our lives est un livre pour les réels mordus de la culture foot. Tout au long des pages, on y parle peu du jeu ou du terrain. On y retrouve pas d’exploits ou de records. Ce qu’on retrouve par contre c’est le cœur du football: la passion qu’il suscite.

C’est bien beau le jeu et la compétition, mais tout ça n’est rien sans des propriétaires dévorés par l’envie de posséder un club. Ce n’est rien sans des joueurs prêts à faire la bête de cirque pour une once de gloire et un contrat en or. Ce n’est rien sans des supporters prêts à tous les sacrifices pour vivre quelques émotions fortes. Cette passion qui anime tous les acteurs du jeu est l’essence même du sport et Goldblatt, dans The game of our lives, la saist très bien, montrant comment cette passion, au fil du temps, s’est transformée en s’adaptant aux changements de la société de laquelle elle émane.

Dans le fond, même pour nous à des milliers de kilomètres de l’Angleterre, ce livre est un miroir, et l’image qu’il renvoie, c’est la nôtre, qu’on soit acteur ou spectateur dans le monde unique du foot.

  • Frank Parent

    Super bonne critique, merci. Dommage que l’auteur n’aille pas plus en détail dans les moments importants de l’histoire, mais je crois que je vais me laisser tenter!

  • Hic Nuntio

    Good read. Thank you Ludovick, from those of us who are too lazy to read a whole book, or are part of the working class who prefer spending the hard earned money on food for the family than on books.

  • P-y

    Oui, j’ai lu ce livre pendant un pélerinage qui m’a emmené à Anfield, au Stadium of Light, à White Hart Lane et à Craven Cottage. Je recommande à tous d’aller voir des matchs de foot en Angleterre. C’est du bonbon