Le renvoi de Benitez en 8 actes

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Début juin 2015, Florentino Pérez nomme à la surprise presque générale Rafael Benitez au poste d’entraîneur du Real Madrid, après une saison 2014-2015 mitigée en Italie avec la SSC Napoli. En plus d’une 5e place décevante en Série A, son équipe éliminée en phase de groupe de la Ligue des Champions s’est vue battue en demi-finale de Ligue Europa contre l’équipe Ukrainienne du Dnipro Dnipropetrovsk. Benitez était sur le point de s’engager à West Ham en Premier League avant que Florentino ne l’appelle. Bien qu’il n’était que le troisième choix (voire plus bas encore) de Pérez après les refus successifs de Low et Klopp (seuls noms à avoir été confirmés), Benitez dit oui à son emploi de rêve à la maison blanche.

Durant l’été, Rafa s’affairait à bâtir sa version du Real Madrid. Il ramena quelques joueurs intéressants qui étaient alors en prêt, dont Casemiro, Lucas Vazquez et Denis Cheryshev (oups!). Lucas Silva fut quant à lui prêté à l’OM. Parmi les bons coups du mercato: l’arrivée du talentueux croate Mateo Kovacic. Les signatures de Danilo (re-oups) et Kiko Casilla furent actées bien avant leur présentation officielle. Pas de doublure pour Benzema, ni Marcelo (pas besoin, il y a Jesé et Arbeloa pour tenir la baraque). Le Real se paie même le luxe d’envoyer Fábio Coentrão à Monaco (bravo!).

1er acte : 23 août 2015, la rentrée à Gijon

Soir de première pour Rafa Benitez. Après une pré-saison sans éclat, mais marquée par une belle solidité défensive (3 buts encaissées en 8 matchs), le Real se déplace chez le récemment promu Sporting Gijon pour sa première. Benitez décide d’y aller doucement dans sa composition en alignant un 4-2-3-1, avec Jesé en pointe (Benzema étant blessé), Bale en 10 dans l’axe, James (un pur 10) sur le banc et Danilo préféré à Carvajal. Bien qu’entreprenant, ce Real se bute à une défense compacte qui joue le contre à fond. Résultat 0-0 au bout de 90 minutes plutôt ennuyeuses, marquées par de nombreux centres et frappes de 30 mètres.

2e acte : 4 octobre 2015, premier vrai test face à l’Atlético

Le Real Madrid, qui venait tout juste de concéder une nulle de 0-0 lors de la 6e journée à Malaga, au Bernabeu, rend visite à un Atlético Madrid qui n’est pas en pleine forme. Les hommes de Diego Simeone ont de la difficulté à marquer des buts depuis le début de la saison. Alignés en 4-3-3 avec un Casemiro en sentinelle derrière Kroos et Modric, les hommes de Benitez sortent un bon début de match et ouvrent la marque sur une tête de Benzema, l’homme-clé de ce début de championnat. Puis, Carvajal se blesse à la 42e minute, remplacé par Alvaro Arbeloa. L’Atleti revient fort en deuxième période et domine les duels. Le Real laisse la possession à l’Atleti et subit (merci Keylor). Sur une perte de balle d’Arbeloa, Vietto égalise avec moins de dix minutes au match. Le Real a arrêté de jouer à partir de la mi-temps, aucune initiative, se contentant de quelques contres, des centres et encore des centres.

Résultat : 1-1 décevant face à une équipe faible de l’Atlético Madrid.

3e acte : 3 novembre 2015, la claque parisienne en Ligue des Champions

Après un début de saison poussif en Liga, le Real a une chance de se reprendre en se qualifiant premier de leur groupe face au PSG. Le match-aller fut plutôt équilibré, malgré un Real sans éclat et appliqué aux tâches défensives. Le PSG, puissance européenne n’ayant pas connu la défaite toutes compétitions confondues jusque-là, déroule sur le Real Madrid comme peu d’équipes en Ligue des Champions ces dernières années. Une qualité technique et tactique au-dessus des Madrilènes qui  ne leur apportera malheureusement aucun point: Trapp s’est fait dessus sur un tir gênant de Nacho et Cavani a maladroitement raté un face-à-face, comme il l’avait fait contre Chelsea il y a quelques années. Di Maria, l’ancien Madrilène et homme providentiel de la Décima a fait l’amour à ses anciens coéquipiers durant 90 minutes. De leur côté, les quelques éclairs de génie vinrent du cerbère Costaricain, seul madrilène présent sur la pelouse du Santiago Bernabeu ce soir-là. Bien que Benitez ait aligné un onze intéressant (avec Jesé en 9, ah non c’est Ronaldo, ah non c’est Jesé…), l’équipe fut dépassée tactiquement par un rival qui jouait au foot. Laurent Blanc recevra même les éloges discrets de Cristiano Ronaldo à la fin des 90 minutes.

Résulat : Victoire humiliante du Real, 1 à 0.

4e acte : 21 novembre 2015, El Quatreazero

La visite du FC Barcelona au Santiago Bernabeu était une belle occasion pour le Real de reprendre des couleurs. Après avoir perdu à Séville de manière horrible (menant au score puis prenant 3 buts de suite), les hommes de Benitez pouvaient mettre derrière eux ce début de saison en montagnes russes. Alignant un 4-3-3 très offensif avec un trident Modric-Kroos-James, Benitez souhaitait prendre à son propre jeu un FC Barcelone sur un autre monde en 2015. Privés de Messi, mais avec une doublette Suarez-Neymar des grands jours, les Blaugrana ont mangé les Madrilènes au cours des 45 premières minutes. Neymar a même failli mettre fin à a carrière de Danilo (si seulement…) en première période. Sur les sifflets de son public, le Real rentrait au vestiaire avec un déficit de 2-0 (Marcelo sauvant le 3-0 sur sa ligne à la 45e). Les choix de Benitez n’ont pas payé. Ramos revenant de blessure était à la dérive. Benitez remplaçait James, le seul a avoir amené du danger devant (alors que Benzema revenait de 3 semaines sans jouer). Pis encore, la faiblesse tactique d’un Real scindé en deux, laissant des intervalles entre les lignes fut l’échec d’un seul homme: Rafael Benitez.

Résultat : Victoire de 4 à 0 du FC Barcelone (merci Munir!).

5e acte : 25 novembre 2015 : la peur à Donetsk

Le Real se rend à Donetsk en Ukraine pour non seulement oublier le traumatisme du Bernabeu, mais pour se qualifier en tant que premier de son groupe en Ligue des Champions. Après un début de match poussif, le Real se rajuste par l’entremise de Cristiano Ronaldo, buteur et passeur, le Portugais permettait à son équipe d’avoir une confortable avance de 4 à 0 à 20 minutes de la fin. Benitez croyant le match terminé à la 60e minute remplace Modric, puis Bale quelques minutes plus tard. Un penalty sur une faute grossière de Casemiro et le Shaktar était de retour dans le match. Un but sur corner (merci Kiko), puis une frappe molle vinrent compliquer la fin de match. Le Real tint bon pour se qualifier en tant que leader du groupe pour les huitièmes de finale. Le constat est toutefois décevant: bien qu’au sommet de son groupe, cette équipe n’a aucun fond de jeu et repose sur des individualités plutôt qu’un collectif. Les blessures se répètent et les joueurs n’ont plus confiance au staff médical de Benitez. Des dissensions commencent à apparaitre avec l’entraîneur. James a perdu la forme, Ramos se blesse à chaque match ou presque, Benzema et ses conflits extra-sportifs… Bref, le bateau commence à couler.

Résultat : Victoire sur les fesses de 4 à 3.

6e acte : 2 décembre 2015, la bourde Cheryshev

Après avoir redécollé en Liga avec une victoire à Eibar 2 à 0 (que ce fut difficile!), le Real et Benitez se rendent à Cadix pour le match aller des seizièmes de finale de la Copa Del Rey. Un match où Benitez peut enfin faire jouer les remplaçants en manque de temps de jeu. Parmi ces remplaçants, le rapide ailier Denis Cheryshev qui a du mal a percer le onze de départ, après avoir connu une saison énorme avec le Villarreal. L’ancien pensionnaire de la Castilla, marquait son premier but officiel sous l’uniforme Merengue en reprenant d’une demi-volée une ouverture de James. Quel moment pour le jeune joueur! Même les partisans adverses chantent son nom. Mi-temps, la nouvelle tombe dans le vestiaire madrilène: Cheryshev est inéligible pour ce match, il devait purger une suspension pour une accumulation de cartons jaunes en Copa Del Rey la saison précédente, avec Villarreal. Benitez a la bonne idée de retirer son joueur 2 minutes après le coup d’envoi de la deuxième mi-temps (pourquoi ne pas le retirer à la mi-temps? Mystère…). Cheryshev reçoit une belle ovation ironique des partisans du Villarreal. Comment le joueur n’était-il pas au courant? Comment le staff technique n’était-il pas au courant? Comment l’entraîneur n’était-il pas au courant? Quelle gestion minable du plus grand club du monde! Tonton Perez rejeta la faute sur le Villarreal. Le Real ira d’appel en appel… en appel.

Résultat : Le Real Madrid est éliminé de la Copa Del Rey après avoir aligné un joueur suspendu.

7e acte : 13 décembre 2015, occasion ratée au Madrigal

Le FC Barcelone vient de concéder un nul à domicile face Deportivo. Si le Real l’emporte, il reviendrait à 2 points des Blaugranas et des Colchoneros en tête du classement. Benitez aligne presque le même onze que face au Barça, avec Pepe en remplacement de Varane, toujours blessé. Villarreal n’a pas un mauvais début de saison, mais l’équipe ne marque pas beaucoup de buts. Un début de match catastrophique pour le Real et Ramos (tout juste de retour de blessure, encore et toujours). Modric perd le ballon nonchalamment au milieu de terrain et le Real le paie cash: boum, 1 à 0! Bakambu aurait même pu doubler l’avance, mais il manqua d’efficacité. Néanmoins, le Real est encore à la dérive tactiquement, Kroos ne sait plus où se placer et James se prend pour un attaquant. Encore les mêmes déficiences tactiques qui avaient été soulevées lors de la fessée face au FC Barcelone. Le Real revient plus fort en deuxième mi-temps, mais le dommage est déjà fait, les joueurs ne parviendront pas à battre le gardien Areola lors de cette rencontre. Plus tard en conférence de presse, Benitez mit l’accent sur la capacité de son équipe à produire du jeu en deuxième mi-temps (c’est 90 minutes un match).

Résultat : 1 à 0 pour Villarreal. Le Real s’éloigne des leaders au classement en Liga.

8e et dernier acte : 3 Janvier 2016, nouvelle année, mêmes problèmes

Fort de deux victoires consécutives en Liga, dont une signé CR7 (3-1 face à Sociedad), le Real se rendait à la Mestalla pour y gagner 3 points. Le FC Barcelone n’a pu briser le match nul face à son voisin l’Espanyol (0-0). Aligné en 4-3-3, avec Ramos (de retour de blessure, oui encore) et Pepe dans l’axe, derrière le trio Kovacic (enfin)-Modric-Kroos, en soutient de la BBC. Le Real connaît un excellent début de match avec un Kovacic en jambes et une BBC dangereuse sur chaque attaque. Benzema ouvrait la marque à la fin d’un mouvement collectif de grande classe du trio offensif. Alors que le Real allait regagner le vestiaire avec l’avance d’un but, Pepe et Ramos ne sont pas coordonnés. Le Portugais monte pour mettre Andre Gomes hors-jeu, mais l’Espagnol n’a pas suivi (s’il s’entrainaît quelques fois avant de revenir au jeu dans un gros match, cela aiderait peut-être…). Pepe provoqua le penalty qui fut converti par Parejo. Le Real revint en deuxième mi-temps avec la même volonté du début de match. Puis, Benitez fit sortir un Karim Benzema très en jambes, malgré un coup reçu la veille du match. Son remplaçant, Isco? Non, l’Espagnol n’est plus dans les bonnes grâces de Benitez depuis qu’il a souri lorsque le Rayo marquait son 2e but dans de la dégelée de 10-2. James? Non, le Colombien, irrégulier depuis le début de la saison, est relégué sur le banc. Jesé? Non, ce dernier avait refusé de rentrer en jeu face au Rayo, alors qu’il restait 10 minutes à la rencontre. Lucas Vazquez? Oui, le milieu offensif fait une belle première moitié de saison, de là, à remplacer Benzema dans la BBC qui retrouvait des couleurs? Après le changement, le Real reste dans le match, et ce, malgré le rouge de Kovacic. Le Real tient bon à 10 et marque même un but grâce à Bale, l’homme en forme du moment. 2-1 à 10 contre 11 avec 8 minutes au match. Les milieux de terrains sont épuisés, les défenseurs et les attaquants aussi. Raphaël Varane, Casemiro et Nacho sur le banc, mais aucun changement. Une minute plus tard, Valence égalise, sur une tête d’Alcacer laissé seul par Pepe.

Résultat : 2-2 à la Mestalla à 10 contre 11.

En plus de tous ces événements qui auront marqué le court séjour de Rafael Benitez à la tête du Real Madrid, voici des éléments supplémentaires qui justifient son licenciement :

• 24 octobre 2015, le Real mène 2 à 0. Le Real s’arrête de jouer et Benitez fait rentrer Nacho pour Modric. Le Celta marque avec 5 minutes à jouer et reprend le contrôle du match. Navas calme les efforts des joueurs du Celta et le Real met le troisième grâce à Marcelo.

• 20 décembre 2015, le Real prend les devants tôt face au Rayo Vallecano grâce à un but de Danilo. En deux minutes, le Rayo met deux buts au Real. Un sur une erreur de marquage de Pepe et l’autre sur l’une de Danilo. Le Real se fait huer par ses partisans au Santiago Bernabeu. L’arbitre sort un rouge logique sur un joueur du Rayo, puis un deuxième jaune qui se transforme en rouge sur une faute peu évidente dans la surface. Le Real mène 4-2 à la mi-temps, mais est faible dans le jeu. Le Real gagne 10-2 avec une possession de ballon de 53% face à 9 joueurs pendant plus des deux tiers du match.

Zizou à la rescousse

En moins de 6 mois, le Real est passé d’une équipe qui faisait peur à ses adversaires, par son contrôle du ballon et sa solidité défensive, à une équipe frêle derrière et peu créative devant. Les performances irrégulières de joueurs clés comme Kroos, Isco, James, Modric, Ronaldo, Bale, Ramos, Pepe et Marcelo sont un autre indice que le malaise est généralisé du côté Madrilène. Les performances extraordinaires de Keylor Navas ont longtemps caché les errances défensives du Real de Benitez, lui qui pourtant était reconnu pour exceller dans ce domaine. Difficile également de trouver un fond de jeu concret dans ce Real. Cette même équipe qui avait enchainé 22 victoires consécutives sous l’ère Ancelotti. Le même Real qui est qualifié premier de son groupe en Ligue des Champions. Ce même Real qui est à 4 points du premier rang en Liga. Ce même Real qui devra aider son nouvel entraîneur, une légende du club à devenir un grand de l’autre côté des lignes de touche. Rien n’est gagné pour Zidane, à part le respect de tous les joueurs, et ça, c’est déjà plus que Benitez en 6 mois.

La une du 5 janvier du quotidien sportif madrilène Marca

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