Leicester peut-il réussir l’exploit?

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L’an passé, c’était Chelsea. L’année d’avant, Manchester City. L’autre avant, Manchester United. Cette année? Impossible de dire qui gagnera la Premier League d’Angleterre à ce stade-ci de la saison. Cette campagne est une des plus ouvertes des dernières années. Difficile de dire qu’il y a un favori. Au moment où j’écris ces lignes, le top 4 est composé, dans l’ordre, de Leicester City, de Manchester City, d’Arsenal et de Tottenham.

Si on analyse le tout, on constate d’abord que Manchester City n’a pas perdu la touche. Depuis la saison 20112-12, ils n’ont pas terminé plus bas que seconds au classement. La présence d’Arsenal n’est pas inédite à ce niveau, bien que leur dernier championnat remonte à 2003-04, ils sont régulièrement du carré d’as.

Les cas de Tottenham et Leicester City sont différents. Depuis plusieurs saisons on entend dire que les Spurs sont une équipe prometteuse, mais jamais ils ne concrétisent ces promesses. Cette année pourrait bien les voir enfin faire un pas en avant. Du côté de Leicester City, c’est la surprise totale. Depuis toujours, c’est un club qui fait la navette entre la 1ere et la 2e division. En 2008-09 ils ont même fait une saison en 3e division.

Alors, admettons que Leicester City réussisse ce qui semblait impossible il y a quelques mois à peine et remporte le championnat anglais, comment pourrions-nous qualifier cette victoire, à quoi pourrait-on comparer cet exploit?

La première chose à éviter, serait de dire qu’enfin il y aurait un gagnant qui n’est pas une puissance traditionnelle anglaise. Il ne faut pas perdre de vue que ni Chelsea, ni Manchester City, ne sont des clubs qui ont une grande tradition gagnante. Ils ont respectivement 5 et 4 championnats de première division, tout ça en plus de 120 ans. Pour Chelsea, 4 de ceux-là ont été acquis après l’achat du club par Roman Abramovitch. Pour Man City, 2 des 4 championnats sont venus après l’achat du club par Sheik Mansour. Ce n’est pas de la tradition ça, c’est de la finance.

L’autre réflexe serait de comparer ce que Leicester City fait, avec ce que Blackburn a fait en remportant la Premier League lors de la saison 1994-95. Encore une fois ce serait tout faux. La victoire de Blackburn, bien que surprenante aujourd’hui, n’était pas aussi inattendue qu’on pourrait le penser. Le club avait reçu une importante injection de fonds suite à l’arrivée d’un nouveau propriétaire et a pu se permettre des joueurs de qualité. De plus les Rovers avaient à leur palmarès avant leur championnat une 4e et une 2e place. Ce n’est pas le cas de Leicester City.

Pour trouver un comparatif potable, il faut remonter plus loin. Plus de 45 ans en arrière. Pour être plus précis, il faut se tourner vers la saison 1971-72, année où Derby County a remporté son premier championnat de première division. Comme Derby, Leicester est au plus haut niveau du foot anglais depuis peu. Comme Derby (avant la saison 71-72), Leicester n’a jamais remporté de championnat de première division. Comme Derby, Leicester ne compte pas de gros noms dans son club. Comme Derby, Leicester mise avant tout sur un entraîneur de qualité. Comme Derby, Leicester évolue dans un championnat qui est très serré (Derby a fini 1er avec 58 points, Leeds, Liverpool et United suivaient, à égalité avec 57 points).

Les ressemblances sont frappantes. Bien sûr, Claudio Ranieri n’est pas le même type d’entraîneur que Brian Clough, qui tenait les rênes de Derby depuis la fin des années 60. Le technicien italien est beaucoup plus vieux, il a plus d’expérience. Mais il reste qu’au niveau talent, la comparaison tient la route. Ranieri, sans être un génie, est un excellent entraîneur. Le genre qu’on voit dans des clubs avec des profils beaucoup plus prestigieux.

Aussi, les deux clubs évoluent dans des environnements complètement différents. Cela ne les empêche pas d’avoir été construits à peu près de la même façon. Le football a beaucoup changé depuis les années 70. L’arrêt Bosman qui facilite la circulation des joueurs a chamboulé la façon dont les clubs construisent leurs effectifs. Aujourd’hui, l’argent est le nerf de la guerre, mais Leicester est un club modeste qui dépense avec parcimonie. Cela met en valeur l’excellent recrutement que le club a fait en engageant des joueurs méconnus qui ont éclos dans l’uniforme des Foxes. Des joueurs tels Jamie Vardy, Riyad Mahrez, Christian Fuchs…

Finalement, Leicester profite cette saison d’une compétition chamboulée. Des habitués du sommet, tels Liverpool, Manchester United et surtout Chelsea, sont dans la tourmente. D’autres, tels Manchester City et Arsenal doivent gérer des blessures à des joueurs clés. Les premiers ont dû se passer de Sergio Agüero, les second d’Alexis Sanchez. Ce contexte a permis à Leicester de se faufiler parmi les favoris.

Tout ça pour dire que cette saison de Premier League, avec sa course effrénée, ses entraîneurs sur la corde raide, ses ténors qui souffrent et ses surprises rafraîchissantes, est une des meilleures des dernières années. Pour quiconque aime le foot plus qu’un club en particulier, elle représente la chance de montrer que non, l’argent ne dicte pas tout. Elle représente la possibilité de montrer qu’un club, bien dirigé et bien bâti, quand les étoiles sont alignées, peut remporter les grands honneurs. Alors pour cette saison, je dis « go Foxes » montrez-nous que n’importe qui peut remporter la prestigieuse Premier League.

Et vous, croyez-vous que Leicester remportera la Premier League? Et s’ils échouent, croyez-vous qu’ils pourront rester dans le top 4 et jouer la Ligue des Champions?