Un Footeur à Upton Park

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Débarquer de l’avion à Gatwick, en banlieue de Londres, un samedi matin de janvier, revêtait pour moi un caractère plus que spécial. Et non, ce n’était pas parce qu’il faisait 15 degrés celsius en plein hiver, ou encore parce que j’allais enfin pouvoir apercevoir les impressionnants monuments londoniens érigés à la gloire du ciel et de la monarchie anglaise, comme le rêvent tous les touristes qui visitent la capitale londonienne. La réelle raison pour laquelle j’avais déboursé une rondelette petite somme pour m’exiler à Londres, c’était le foot.

Il y a quelque chose de surréel pour un fan de foot de mettre les pieds dans une des villes les plus fanatiques du monde. Pas moins de cinq équipes de la Premier League y sont installées : la ville respire le football, et c’est particulièrement vrai un samedi de jour de match: dans les rues de la ville, partisans anglais et hooligans arborant fièrement les écharpes à l’effigie de leurs équipes favorites côtoient hommes d’affaires, touristes et aristocrates dans un mélange digne d’une page de Trouvez Charlie. Bienvenue en Angleterre.

Les pubs anglais qui sont assez bien nantis pour se payer Sky Sports sont remplis depuis midi. S’entassent à l’intérieur une foule d’Anglais tous plus colorés les uns que les autres, aux cordes vocales bien entrainées et qui, semble-t-il, n’ont pas vraiment de fond. Fermez les yeux quelques petites secondes et imaginez-vous un pub typique, puis remplissez-le de tous les stéréotypes du partisan anglais que vous pouvez pêcher dans votre imagination. Vous devriez être parfaitement capables de reproduire la scène à laquelle j’ai assisté. Observer ces joyeux lurons converser, crier, boire, jubiler, s’insulter, boire, s’obstiner, dancer, s’enlacer, boire, célébrer, manger et se remémorer les bonnes vieilles années sans pour une seule seconde quitter des yeux les écrans plasmas installés dans tous les coins de petit établissement est une expérience presque aussi intéressante que le match lui-même. Et oui, dans ce cas précis, l’accent est sur le mot ‘’presque’’.

J’ai eu le privilège d’assister, assis au bar d’un petit pub de la capitale, au match le plus divertissant qu’il m’ait été donné de voir dans ma courte vie. Liverpool contre Norwich City, à Anfield, le 23 janvier 2016. Un match sans trop d’enjeu, mais un réel spectacle. Rappelez-vous de la date. 90 minutes folles, durant lesquelles les deux équipes se sont échangées les buts sans répit et au bout desquelles, alors que la marque était de 4 à 4 et qu’on croyait la partie jouée, Adam Lallana est venu soulever le groupe de partisans des Reds qui avait investi le bar à la 95e minute de jeu pour donner la victoire à la troupe du très excentrique Jürgen Klopp, qui a d’ailleurs brisé ses lunettes en célébrant. Fait saillant? Pas le moins du monde, mais ça a bien fait rire mes voisins de bar.

Ayant fait autant de chemin pour visiter Londres, vous comprendrez que je n’allais pas me limiter à voir un match dans un pub. Oh que non! Quelques semaines plus tôt, j’avais commencé mes recherches. Se procurer un billet pour voir un match de la Premier League est une entreprise ardue… et assez dispendieuse. 55£ (un peu plus de $100 CAD) et quelques acrobaties procédurales plus tard, je me retrouvais en possession du ticket tant convoité. Direction? Le Boleyn Ground, en banlieue de Londres. Le match? West Ham United contre Manchester City.

Dans l’anticipation de la rencontre, j’embarque dans le tube en direction d’Upton Park. À l’intérieur du wagon, plusieurs fans des deux équipes s’affrontent dans un duel vocal digne de La Voix. Le train est rempli presque exclusivement de fans de foot, et les analyses vont bon train. Les alignements partants des deux clubs sont passés au peigne fin et on ne manque pas de commenter l’activité de la journée en Premier League, puis, de la manière la plus anglaise possible, on ne mâche pas ses mots. Vous pensiez avoir tout entendu après avoir écouté la filmographie de Guy Ritchie? Détrompez-vous!

J’arrive au stade avec quelques minutes de retard, le train ayant éprouvé des difficultés techniques à mi-chemin. Alors que je franchis les portes du stade, un immense rugissement surgit de l’intérieur. J’entends converser autour de moi : Enner Valencia a ouvert la marque pour West Ham, à la première minute de jeu. 35 000 fans en délire, et j’ai raté ça! Merde… Je m’empresse d’acheter une écharpe aux couleurs des Hammers, question de me fondre dans la foule, et je pénètre dans le stade.

Pour que vous puissiez bien comprendre la suite de l’article, il est important que je vous éclaire un peu avant de poursuivre: mon club favori en Premier League, c’est Manchester City et, certes, j’avais choisi la rencontre à laquelle j’allais assister de manière à pouvoir les admirer, mais vous devez également savoir que j’ai, en général, un amour particulier pour la vie et que mon siège était en plein centre d’une foule de supporters des Hammers. Par principe, et parce que je tenais vraiment à survivre assez longtemps pour pouvoir écrire cet article, j’avais décidé de faire profil bas et de feindre d’être un partisan local. Sans commentaire… Poursuivons.

J’accède aux gradins à la 4e minute de jeu. Monter les escaliers vers ma section et me retrouver tout d’un coup au milieu d’une foule aussi dynamique et bruyante est quelques chose d’extraordinaire que je n’oublierai jamais. Certes pas un des plus gros stades d’Europe, [avec ‘’seulement’’ 35 000 sièges (j’ai eu la chance de visiter le Olympiastadion de Berlin, la semaine dernière, qui compte 75 000 sièges)], l’ambiance est pourtant aussi incroyable qu’on la décrit. Sur 90 minutes, on pourrait comparer l’atmosphère à celle du Centre Bell… en séries… lorsque les Canadiens marquent… Le fanatisme est indescriptible. Emporté par la foule, je me suis surpris à plusieurs reprises à encourager les Hammers et à m’insurger contre l’arbitre qui, selon mes estimés voisins d’estrade, était ‘’the worst piece of shit in all of f***ing England, what a stupid c**t that s**ks on Pellegrini’s c**k’’. Ça, c’est de l’analyse impartiale, les amis!

Par souci de professionnalisme, je demeurerai plus objectif dans mon analyse de l’action. J’ai eu la chance d’assister à plusieurs bons moments au cours de la rencontre. Le premier but d’Agüero, sur penalty, à la 9e minute, a soulevé la foule de partisans des Citizens qui, placés à une des extrémités du terrain, ont passé l’entièreté du match à affronter les partisans des Hammers, de l’autre côté. Un duel aussi impressionnante que celui qui se livrait sur la pelouse d’Upton Park. Au retour de la mi-temps, accueilli par une foule chantant une version quasi-inintelligible de ‘’I’m Forever Blowing Bubbles’’, le club local n’a pas perdu de temps à se remettre au travail. À la 56e minute, Valencia acceptait une remise de l’aile droite et passait le ballon au ras de poteau pour donner l’avance aux Hammers. La réaction de la foule fut instantanée, et comme un seul homme, le stade s’est soulevé.

Après l’euphorie, l’angoisse. Un peu comme celle qui m’avait emplie au Stade Olympique lorsque l’Impact avait pris les devants contre ce damné Club America. La machine de City allait se mettre en marche : Pellegrini ne voulait pas perdre un match, surtout pas lorsque son club est impliqué dans une course au sommet du classement anglais. Le jeune nigérian Kelechi Iheanacho et la starlette anglaise Raheem Sterling sont amenés en renfort, Pellegrini restructurant son club en 4-4-2, question de submerger la défensive du club local. La stratégie porte ses fruits. À la 81e minute, un jeu de passe décousu de City permet à Agüero d’enfiler son deuxième but de la rencontre. La foule s’y attendait, mais la déception n’en est pas moindre pour autant.

Le spectacle était cependant au niveau. Les partisans des deux clubs ne sont pas gênés pour une seule minute de montrer leur appréciation aux joueurs. L’énergie n’a jamais quitté le stade et lorsqu’en temps supplémentaire Cheykouh Kouyaté à envoyé une tête sur la barre transversale, passant à quelques centimètres de donner la victoire aux Hammers, j’ai bien cru que j’allais revivre un moment à la Cameron Porter. Mais non, malheureusement, j’ai dû me contenter d’un 2-2 divertissant, avant de quitter le stade, emportant une expérience inoubliable dans mon bagage.

Je ne vous ennuierai pas avec les détails de mon fastidieux retour à l’hôtel, à faire la file pendant 1h30 parce que 35 000 londoniens qui prennent le métro en même temps, ça te congestionne une station. Je ne tenterai pas non plus d’analyser la rencontre dans une plus grande mesure que ce que je me suis permis jusqu’à présent : je ne m’étais pas présenté au stade en tant qu’analyste, j’y suis allé en tant que fan de foot. Et je ne regrette rien.

J’avais encore quelques jours à passer à Londres avant de retourner à mes études, à Oslo, mais le reste de l’expérience paraissait fade, en comparaison avec ce que j’avais vécu au Boleyn Ground. À tous ceux d’entre-vous qui caressez l’idée d’assister à une partie de football en Europe un de ces jours, n’hésitez pas plus longtemps; je ne peux que vous encourager à le faire! J’ai eu la chance de discuter avec un Australien, dans une auberge à Berlin, qui voyageait en Europe avec le seul objectif de vivre le football européen. Au moment où nos chemins se sont croisés, il avait assisté à un match à Liverpool, à Dortmund, à Wolfsburg, à Turin et prenait l’avion pour Munich plus tard dans la semaine. Ouais, la totale!

Moi, ça m’a fait rêver un peu. Et vous?