Entrevue exclusive avec Philippe Eullaffroy, directeur de l’Académie de l’Impact et entraîneur du FC Montréal, 1ère partie

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Photo : impactmontreal.com

Partie 1 : «Avec Biello, les joueurs de l’Académie sont marqués individuellement. Avec Klopas ou Schällibaum, c’était plutôt un marquage en zone… »

Personnalité importante dans l’organigramme de l’Impact de Montréal, Philippe Eullaffroy nous a accordé une entrevue exclusive, alors que la première équipe se trouvait à Vancouver pour l’entame de sa saison MLS. Dans cette première partie, l’entraîneur français du FC Montréal  et directeur de l’Académie de l’Impact évoque sans langue de bois le rôle et l’évolution de l’Académie, ses ambitions pour les jeunes qui en sont issus et ses relations avec Mauro Biello et ses prédécesseurs.

Philippe Eullaffroy, vous êtes directeur de l’Académie de l’Impact et entraîneur du FC Montréal. C’est une double casquette qui est finalement assez peu courante dans le milieu professionnel, alors pourquoi cette spécificité?

C’est vrai que ce n’est pas courant, mais ça existe. Pourquoi, c’est intéressant? Je crois que pour être efficace en tant que directeur de l’Académie, il faut faire ce que l’on prêche, et que si on perd le contact du coaching quotidien, au bout de six mois ou un an on n‘est plus dedans et on perd le sens des réalités, l’aspect de la compétition, la notion de  gestion de groupe et on perd rapidement ses repères. On les retrouve très vite quand on replonge, mais on se retrouve très vite en décalage avec ceux qui vivent au quotidien la gestion d’un groupe. On devient moins pertinent en tant que directeur quand on parle de choses sur lesquelles on n’est plus vraiment en phase. Je l’ai un peu vécu quand j’ai été adjoint avec les pros.

Est-ce que le fait d’être entraineur du FC n’est pas une charge trop prenante qui, c‘est vrai, vous permet d’être en phase avec les coachs, mais peut aussi vous déconnecter avec tout ce qu’il se passe à l’Académie au quotidien?

Non parce que je ne suis pas tout seul! J’ai des coachs qui m’assistent, et on applique ce que l’on cherche avec les joueurs : on cherche à avoir des jeunes joueurs autonomes et responsables le plus vite possible. C’est la même chose pour le staff de l’Académie. Chacun amène sa pierre, dans un cadre très strict qui est connu de tous, mais avec beaucoup de flexibilité à l’intérieur de ce cadre. À partir du moment où l’on engage des gens, on croit en eux, en leurs compétences, en leurs capacités d’évoluer et de progresser, en leur état d’esprit. Si on croit en eux, on a confiance en eux, et on n’a donc pas besoin d’être derrière eux chaque jour. Ça m’arrive quand même de faire le gendarme de temps en temps, mais si ça devait devenir quotidien, ça ne serait pas un problème d’organisation, mais de personnes. Jusqu’à présent on ne s’est pas trompé sur les hommes. La preuve, de nombreux coachs de l’Académie sont passés chez les pros pour assister Mauro Biello, et ils le méritent. Mon rôle d’encadrement existe, mais quand le cadre est clair et les personnes compétentes, il n’y a pas besoin d’être toujours derrière les gens.

Concernant les joueurs qui sont à l’Académie, que peut-on espérer prochainement à leur sujet?

On a six jeunes qui sont partis au camp de présaison avec l’équipe première et ça s’est très bien passé. On a des jeunes qui se rapprochent de plus en plus du niveau de l’équipe première. Il leur faut encore un peu de temps. Ils ont besoin d’une compétition relevée, ce que l’USL leur amène. Ce qui est intéressant depuis que Mauro est arrivé, c’est qu’il y a un suivi des joueurs de l’Académie qui est presque du marquage individuel. Il y a un œil fréquent sur l’évolution des jeunes qui est facilité par le fait que Mauro et son staff sont des gens issus du club, qui connaissent pour ainsi dire tous les joueurs de l’Académie. Ils sont donc au courant de l’évolution de Marco Dominguez, de Balou Tabla, de Fabio Morelli, de Thomas Meilleur-Giguère, de David Choinière qui sont des joueurs proches de pros.

Est-ce que c’était le cas avec Frank Klopas ou Marco Schällibaum ?

On n’était pas au marquage individuel, on était plus dans la zone… Un peu plus éloigné de la réalité de l’Académie. Ça ne veut pas dire qu’ils ne s’en inquiétaient pas, il y avait des relations, mais elles n’étaient pas aussi étroites qu’aujourd’hui et avec une telle osmose.

Tu es pro-Biello donc!

Je mets des affiches partout de Mauro! (Rires) C’est clair!

Ça fait maintenant cinq ans que l’Académie de l’Impact de Montréal a débuté ses activités. Quel bilan tires-tu de cette première période?

Le bilan est positif parce qu’il y a eu une progression d’année en année, même de trimestre en trimestre. Il faut se rappeler qu’on a commencé de rien. Il n’y avait ni coachs, ni joueurs, ni terrains, ni ballons! Rien! On a su être patient, tout en accélérant le processus de mise en place et le développement des joueurs. Les coachs ont gagné en expérience, et la qualité des joueurs, des compétitions disputées ou des installations ont aussi été en progression. Une marche supplémentaire a été franchie tous les ans. En 2016, on entame notre deuxième année en USL, on a les terrains du centre d’entrainement qu’on va s’approprier dans les prochaines semaines. Si on progresse autant dans les cinq prochaines années que dans les cinq dernières, ça va être très, très, très intéressant! Il faut être ambitieux et humble. On est loin de là où on veut aller, mais on a très bien avancé. Nos jeunes prouvent leurs qualités quand ils vont avec les pros ou l’équipe nationale. Quand nos jeunes vont intégrer les pros, ils seront prêts à jouer, ce qui n’était pas forcément le cas pour la première génération, avec laquelle il fallait encore être patient. À l’époque, l’écart était très important entre l’Académie et les pros. Ce n’est plus autant le cas grâce à notre façon de faire et l’équipe USL.

Pour le moment, il y a très peu de joueurs issus de l’Académie titulaires réguliers à l’Impact. Est-ce que tu vois dans un avenir proche des noms apparaitre sur les feuilles de matchs?

C’est l’objectif. Les joueurs comme Maxim Tissot ou Wandrille Lefèvre, dont l’histoire est un peu différente (NDLR : Il est passé par le circuit universitaire avec les Carabins de L’Université de Montréal) n’ont pas pu bénéficier de toute la structure actuelle. Ils ont bénéficié de l’âge de pierre de l’Académie. On en est maintenant à l’âge de bronze, où d’argent. On est encore loin du 21ème siècle, mais on s’y rapproche à grands pas. L’objectif, c’est d’avoir tous les ans deux ou trois joueurs de haute qualité qui seront capables d’avoir leur nom sur la feuille de match dès le premier match de la saison. Le jeune qui signe avec les pros doit avoir la capacité de jouer tout de suite. On n’en est plus à l’époque où le jeune signait pro, mais devait encore parfaire sa formation. On a maintenant le FC Montréal pour ça.

Il y a eu peu de voyages de joueurs l’an dernier entre le FC et l’Impact. Est-ce que cette année, ça sera  plus fréquent ou vous voulez garder les deux entités?

Non, c’est le même club. S’il y a eu peu de mouvements entre les deux équipes l’an dernier, c’est simplement dû aux évènements. Il y a eu pas mal de blessés. Ça se fera comme ça se fera : des joueurs ayant besoin de temps de jeu, les retours de blessés, tous les scénarii sont possibles cette année. Un schéma normal, c’est qu’à chaque match du FC, il y ait deux, trois, quatre joueurs de l’équipe première. Après, une saison de soccer, c’est beaucoup d’imprévus et donc on s’adapte. Il y a en tous cas une réelle volonté que des joueurs de l’équipe pro descendent et apportent leur expérience.

Andrés Romero, à son retour, pourrait par exemple venir jouer un peu avec le FC? 

Exactement. Kyle Fischer, Jeremy Gagnon-Laparé, les jeunes… Tous les joueurs qui ont besoin de temps de jeu seront là.

 

LA DEUXIÈME PARTIE DE CET ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC PHILIPPE EULLAFFROY, SERA DISPONIBLE CE DIMANCHE.