The Old Firm

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La vieille firme. Le nom n’est pas utilisé pour rien. Le Celtic contre Rangers à Glasgow. C’est probablement la plus vieille rivalité en hooligans au monde. Contrairement à ce que je disais dans un autre texte, cette rivalité est beaucoup plus ancienne que les années ’50. Dès 1920, la violence est dans le décor. Mais dans ce cas particulier, c’est plus qu’une question de « derby » dans la même ville. C’est plus gros que l’Écosse, car l’écho de ce derby se vit aussi à Belfast en Irlande du Nord. Ce derby est le dernier témoignage d’une bataille qui a commencé lors de la Réforme protestante. Si aujourd’hui, le foot a remplacé la religion, le conflit, lui, est toujours aussi présent. Franklin Foer dans : How soccer explains the world est allé à Glasgow et à Belfast pour « vivre » cette guerre.

Le terme guerre n’est pas faible ici. Des morts, il y en a eu. Durant les 7 années précédant la visite de Foer en Écosse, il y eût 8 morts, dont une par arbalète! On pourrait qualifier ces groupes de hooligans de véritables gangs de rue. On assassine une personne parce qu’elle se promène dans un quartier protestant avec un maillot du Celtic. Le contraire est aussi vrai. Les deux clubs sont plus que deux adversaires. L’ancien joueur de l’Olympique de Montréal, Graeme Souness, considérait que le club Rangers, où il a été manager, était plus proche de la secte que du succès. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Pendant longtemps, le club a interdit à tout joueur catholique de faire partie de son effectif et même plus, comme l’explique Foer : «  Sometimes in the vicinity of World War I, Rangers instituted a Protestants-only policy, extending from the players to janitors. And it became even more stringent than that: Theclub denied promotions to executives who married Catholics ».

 Mais pourquoi les deux clubs de la capitale du foot écossais ? Un « accident » de l’histoire. Les Irlandais ayant fui la famine, se retrouvèrent exclus de leur nouvelle société. Un frère mariste fondera le Celtic pour combattre le mythe de l’infériorité catholique. Le club va réussir assez vite avec 6 titres. Les protestants vont se chercher un club pour combattre le Celtic. Le Rangers, qui n’a pas à l’époque de prétention religieuses ou politiques va commencer à accumuler les victoires contre le Celtics. Les ennemis des catholiques vont donc s’approprier le club pour en faire leur blason. Avec la crise économique que vécut l’Écosse des années 20 et le manque d’emploi, les Irlandais vont devenir une cible pour les Écossais. Il y aura des affrontements armés assez rapidement.

Je ne ferai pas l’évolution complète de l’histoire de la vieille firme, mais il y a deux choses que je veux regarder; Premièrement la signature du premier joueur catholique avec les Rangers. Ce qui est fascinant, c’est que le résultat est complètement l’opposé de ce que nous avons vu en Amérique avec la signature de Jackie Robinson. Au lieu de diminuer les tensions, l’arrivée du catholique Maurice Johnstone à contribuer à la haine. Le club devait utiliser un jet pour s’assurer que Johnstone puisse dormir à Londres tous les soirs pour être  certain qu’il ne soit pas assassiné. Cette décision à même poussée des supporters du Rangers de Belfast à brûler une effigie du pauvre Souness.

Le deuxième élément que je veux observer ici, le prolongement du Derby en Irlande du Nord. L’Irlande du Nord a subi une forme d’apartheid au football. Pendant longtemps, il y a eu le Derby de Belfast, Celtic Belfast contre Linfield.  La police protestante, n’assurant pas la sécurité des clubs catholiques, ceux-ci ont cessé leurs opérations. Ils durent se trourner vers l’Écosse :  » Stripped of its own rivalries, it was natural that Northern Ireland turned to Scotland » . Le derby est aussi violent à Belfast qu’à Galsgow :  » Where the violence in Glasgow takes a desultory pattern, dependent mostly on drunken thugs randomly crossing paths, it occurs regulary in Northern Ireland on the frontiers that seperates Catholic and Protestant neighborhoods.« 

Donc le principe de l’affrontement entre les deux clubs tourne autour de la question religieuse, même s’il est fort probable que les acteurs de ce duel ne sont plus pratiquants. Parce que dans les faits, le football est la religion. Une religion, qui comme les autres, peut être accusée à tort de provoquer des guerres.

Franklin Foer. How soccer explains the world. An unlikely theory of globalization. Harper Perennial. New York. 2006.