Début d’une nouvelle ère à Newcastle?

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L’annonce du renvoi de Steve McClaren à la tête de Newcastle, il y a deux semaines, n’a surpris personne. On attendait de grandes choses du club en début de saison, les propriétaires n’ont pas été timides avec leurs portefeuilles. Mais sur le terrain, les résultats n’ont pas justifié les dépenses. L’entraineur anglais a vite déchanté de ce qu’il appelait l’été dernier son emploi de rêve, et Newcastle croupissait dans les bas fonds de la ligue lors de son renvoi, flirtant dangereusement avec la relégation. Quelques heures après avoir viré McClaren, on annoncait l’embauche de nul autre que Rafa Bénitez à la barre du club. Une surprise, et une bonne, pour les Magpies.

C’est un grand coup que d’être parvenu à embaucher celui qui, quelques mois plus tôt, était à la tête du Réal Madrid. Certes, il n’a pas connu ses meilleurs moments dans la capitale espagnole, mais les mauvaises performances de Ronaldo et cie. sous sa tutelle ne justifient pas à elles seules le changement que Bénitez a accepté : d’un des plus gros clubs du monde aux bas fonds de la ligue anglaise. Une débarque? Non. Un projet.

Newcastle est loin d’être un petite club. Être le seul club dans une ville de 1,65 millions d’habitants à ses avantages : le fanbase du club est immense et passionné. Fondé en 1892, le club a acquis le support des habitants de Newcastle upon Tyne à une époque où ses habitants voient le foot comme un échappatoire au dur quotidien dans les mines et les usines de textile. Le St-James Park, le stade dans lequel le club évolue, est le quatrième plus grand stade de la Premier League – avec plus de 54 000 places – et est le domicile du club depuis 124 ans. Newcastle United est à sa ville ce que le CH est à Montréal : deux entités unies par l’histoire.

C’est donc d’une institution importante que Bénitez prend la tête. Alors que certains éprouvent de la difficulté à comprendre la décision de l’Espagnol qui, outre le Réal, a dirigé des clubs comme Chelsea, Inter Milan, Napoli et Liverpool – avec qui il a remporté la Ligue des Champions en 2005. C’est avec en poche un contrat de 3 ans (qui comprend l’option, doit-on préciser, de cessation si le club est relegué en deuxième division) que Rafa embarque dans un navire en train de couler. Une relégation serait une catastrophe pour Newcastle qui perdrait notamment l’argent du très lucratif contrat de télévision avec Sky Sports en plus d’avoir à payer la totalité du contrat de ses joueurs – une clause de relégation n’étant pas incluse dans leurs contrats.

Les défis sportifs sont nombreux à Newcastle : décimé par les blessures, l’effectif est également aux prises avec un cruel manque de profondeur, notamment en défensive. Sans oublier une controverse au poste de capitaine, où Fabricio Coloccini a été tranquillement remplacé par Jonjo Shelvey, débarqué en janvier dernier. Seulement trois jours après avoir assumé ses nouvelles fonctions, un premier défi de taille attendait Bénitez : les meneurs de la ligue, Leicester City.

Comme il fallait s’y attendre, les Magpies ont été défaits et, bien qu’on puisse douter de l’impact des nouvelles stratégies de l’entraineur après à peine quelques jours à la tête du groupe, il aura fallu une magnifique bicyclette de Okazaki pour donner la victoire aux Foxes. Les hommes en noir et blanc semblaient plus inspirés sur la pelouse du King Power Stadium, et les analystes anglais ont apprécié la performance de certains joueurs qui voulaient sans aucun doute impressionner leur nouvel entraineur.

Le réel défi pour Bénitez était cependant le North-East Derby, six jours plus tard, contre le grand rival, Sunderland, également en plein combat pour éviter la relégation, un point devant les Magpies au moment de disputer le match. Le génie tactique de l’Espagnol, et la résilience de ses joueurs, allaient être mis à l’épreuve dans un match aussi important pour les partisans des deux clubs que le derby mancunien, disputé le lendemain.

Sans vouloir créer un débat tactique, c’est une excellente performance que Bénitez est parvenu à soutirer de son club, particulièrement en deuxième demie, lorsque le club est parvenu à exploiter les faiblesses du club de Sam Allardyce et à montrer les crocs en attaque. Tirant de l’arrière 1-0, Newcastle a su montrer des signes encourageants en fin de match, égalant la marque grâce Alexander Mitrovic, qui a redirigé la remise de Georginio Wijnaldum de la tête.  Une faute dans la surface contre ce même Mitrovic aurait facilement pu transformer ce match nul en victoire pour Bénitez, mais l’arbitre en a décidé autrement. C’est donc avec un match nul, et le maintien du statut quo dans la zone de relégation, que Bénitez a survécu à son premier rendez-vous avec les bouillonnants partisans du club.

S’arrêter à ces deux matchs pour juger de l’impact de Rafa dans le club relèverait certainement de l’erreur. Maintenir le club en Premier League est un défi de taille, mais avec les joueurs qu’il a sous la main, son intelligence tactique et les affrontements restants sur le programme de l’équipe, c’est amplement possible. Assuré? Pas du tout. Mais s’il parvient à sortir son club de la zone rouge, je serais prêt à parier que Newcastle sera une équipe dangereuse la saison prochaine. Si le propriétaire Mike Ashley est prêt à laisser à Bénitez les commandes du marché des transferts et de lui délier les cordons de la bourse, une nouvelle ère pourrait bien débuter à Newcastle.