La MLS est-elle à l’abri?

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Photo: Pablo A. Ortiz / Grupo NM

Les déclarations de Bakary Soumaré, aussi fantaisistes puissent-elles paraître en l’état actuel des choses, posent néanmoins la question de la capacité de la MLS et de ses clubs à éviter les dérapages qui touchent le football mondial. Une chose est sûre, le circuit Garber baigne dans ce marché global gangréné, qu’elle le veuille ou non.

Bakary Soumaré. Voilà un nom qu’on avait presque oublié du côté du Stade Saputo ! Envoyé  à Dallas le 15 juillet dernier, alors qu’il avait lui-même demandé à être échangé, le Malien n’a finalement jamais enfilé le maillot rouge de l’équipe texane et a mis fin à sa carrière professionnelle fin 2015.

Après l’épisode de la guerre entre Drogba et les journalistes québécois, c’est pourtant bien ce nouveau retraité qui est revenu au centre des conversations durant cette pause de championnat. En cause, une forme d’autisme qu’il se serait autodiagnostiquée, puis une intelligence supérieure et un sens de l’observation aiguisé qui lui aurait permis d’entrevoir une mainmise de Nick De  Santis, le Vice-Président délégué aux affaires internationales de l’Impact, sur les compositions d’équipe,  qui lui seraient dans certains cas dictées par des malversations  liées  à des transferts.

D’apparences confuses et évoquées sans preuve concrète, les allégations de Bakary Soumaré lui ont valu une mise en demeure de la part de Nick De Santis, qui agit de ce fait dans le cadre le plus strictement légal. Sans documents, la justice lui donnera raison, sans aucun doute. Absolument rien ne vient appuyer les accusations du joueur, qui restent à ce jour non fondées.

Sans donner de crédit aux affirmations relatées par Bakary Soumaré, la problématique soulevée par l’ancien joueur permet néanmoins de poser une question : La MLS et ses clubs pourraient-ils être confrontés à ce type d’affaires?

Une ligue fermée dans un marché gangréné

Malgré ses règles strictes en matière de transferts et de contrats (toute transaction doit être validée par la ligue), la MLS ne peut être entièrement et de façon absolument certaine exemptée des maux qui frappent le football mondial.

Dans une entrevue accordée en février 2016 au journal allemand Spiegel, le porte-parole de Football Leaks, qui révèlent des dossiers – preuves à l’appui cette fois – sur les transferts douteux ou les sommes en jeu dans les contrats expliquait : «Notre priorité est d’aider  à mieux comprendre ce marché du football très opaque. Clauses, contrats, honoraires des consultants – tous ces sujets sont tabous dans le football. Un secteur qui manque de transparence est en fait un paradis pour la corruption, le blanchiment d’argent et la fraude fiscale».

Naturellement, la MLS et ses spécificités rendent les infractions plus compliquées. Dans le reste du monde, le club vendeur entre directement en discussion avec le club acheteur pour le montant du transfert. Par la suite le club acheteur est autorisé à négocier avec le joueur. Ainsi, plusieurs parties entrent dans le processus : les clubs, les partenaires financiers, l’agent du joueur, ou éventuellement un autre agent ayant déniché l’offre, le joueur, puis d’éventuels intermédiaires dont le statut administratif flou encourage un versement d’indemnités difficilement calculables.

Si la MLS a imposé une négociation directe avec la ligue en matière de contrat de joueurs, donnant ainsi moins accès aux intermédiaires douteux, le fait est qu’elle évolue malgré tout dans un marché mondial qui va souvent de travers. Peut-elle échapper aussi facilement aux défauts du football. Peu probable. Elle est par exemple amenée à entrer régulièrement en contact avec les agences de gestion de carrières sportives très décriées. Le transfert rocambolesque d’Ambroise Oyongo avait par exemple mis au jour le rôle douteux du FC Raimbow Bamenda, un club obscur de division provinciale camerounaise dont la véritable activité ressemble fort à celle d’une agence, s’offrant la façade d’un club. (Attention cependant, les agences ne sont pas toutes corrompues, mais certaines d’entre elles ont un statut et des méthodes qui soulèvent les questions).

Avec les sommes en jeu, des montages financiers viennent parfois  s’ajouter à l’affaire. C’est par exemple ce qui est arrivé avec le Paris-Saint-Germain lors du transfert de Ronaldinho au début des années 2000. Le PSG avait ainsi créé des contrats fictifs de droits d’image avec Nike, afin de gonfler le salaire de la star sans pour autant le faire apparaitre officiellement les comptes du club. Le PSG échappait ainsi à des retenues fiscales. Pour cette affaire, le PSG a été condamné en 2015 à verser 5,5 millions d’euros aux impôts français et Nike a dû régler 3,778 millions d’euros de dommages et intérêts.

Le paiement des salaires désignés pourrait-il être potentiellement soumis à ce type de montages ? Pourquoi pas, même si  jamais aucun contrat n’a pour le moment soulevé ce type de problèmes. Le risque n’est cependant pas totalement exclu.

Des directeurs sportifs ou présidents omnipotents, ça existe

Par ailleurs, un directeur sportif, ou plus ou moins assimilé comme tel dans le cas de De Santis, peut-il influer dans une composition d’équipe, même pour des raisons financières? Évidemment oui, et croire le contraire serait une chimère ! À l’époque de Bernard Tapie à l’Olympique de Marseille, il était de notoriété publique que le sulfureux président donnait  des consignes, ou des «conseils» à son entraîneur. On peut tout aussi parler de Berlusconi, Zamparini, Claude Bez…

De la même façon, après son départ du PSG en direction de l’AC Milan, Jeremy Ménez avait lâché dans une entrevue à France Football : « À Milan, si tu te bats la semaine à l’entraînement, tu as plus de chances de jouer le week-end. Pour moi, c’est ça une concurrence saine. Lucas, ça fait deux ans qu’il est là, il a mis trois buts. Mais il a couté 40 millions d’euros, et il est brésilien…. Il a des qualités, pas de problème, mais aujourd’hui, il vaut peut-être mieux être étranger au PSG et surtout bien soigner sa communication». Jérémy Ménez visait bien plus sa direction que son entraîneur.  Cela prouve-t-il que Nick De Santis agit de la sorte ? Bien-sûr que non! Il est néanmoins important de savoir que cela se déroule aussi parfois comme cela dans le football. Et le soccer, malgré ses spécificités, n’est rien d’autre que du football! La MLS peut donc, potentiellement, être touchée par ce type d’affaires, même s’il faudra bien plus que les prétendus dons de Soumaré pour le prouver.

 

 

 

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  • Helwani Nose

    On a deja eu a Montreal un entraineur de soccer qui prenait une ‘cut’ de ses joueurs pour rester a Montreal. Tout un croche et probablement pas le seul.

    Et parlant de scandale et de foot, l’association canadienne et des clubs ont travailler avec Traffic Sports qui etait une des compagnies au coeur du scandales alors les possibilities sont tres probables. Mais bon, on a fait la vendetta a Sepp mais on a oublier que la Concacaf etait rempli de bandits et un des plus gros etait Chuck l’americain barbu. Et maintenant, le president d’une association (la notre) associes a des criminels (Traffic) va aller dans une gammick de criminels (CONCACAF) pour y remettre l’ordre.
    C’est aussi hilarant de croire en ca que la derniere election Montreal ou les deux derniers maires ont ete en prison et celui qui est venu nous sauver de la corruption est un politicien qui a ete dans le gouvernement federal le plus corrompu (salut Gomery) depuis longtemps (c’etait meme pas un backbencher mais dans le top 5 du gouvernement). Ou avant ca, quand Dick Pound c’est presenter a la presidences du CIO apres leur scandales. (Dick etait 2ieme en charge pendant deux decennies mais comme Kid Kodak, il etait un outsider qui allait sauver de la corruption)

    le point que je veux faire est que tous est possible quand on parlent d’argent et de sport et que faire oublier des choses aux gens est tres facile.
    Barca a toujours une image sainte meme si leur escroceries fiscales sont connus et ils prennent leur cash du Qatar car l’argent n’a pas d’odeur.

    On prefere faire croire que cela n’arrivera pas dans la MLS car ce sont tous des gens bons.

    c’est crampant que Menez prennent Milan comme exemple. une ligue/ville/patron ou le crime et le sport sont toujours omnipresent? ou on fait des menaces de morts sur la tetes de dirigeants d’equipes? je presume qu si il avait joueur en Chechenie ou Colombie, il aurait dit la meme chose.