Football Leaks : Les sonneurs d’alarmes du football

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Au cours des dernières années, le monde politique a été secoué par les fuites de Wikileaks et plus récemment par les Panama Papers; or voilà que c’est autour de l’univers du football professionnel de voir ses secrets cachés être révélés au grand jour grâce aux Football Leaks.

L’affaire remonte à l’automne dernier, alors qu’un site internet basé à l’étranger, mais géré par des Portugais, met en ligne des documents montrant l’implication du Sporting Clube Portugal dans des stratagèmes de triangulation[1] en matière de transferts, ainsi que les problèmes financiers du club comme des retards de paiement sur les salaires des joueurs. Outre cela, son coup le plus fumant demeurait la divulgation des termes du contrat de l’entraîneur Jorge Jesus. Cette situation a soulevé l’ire du président du Sporting Bruno de Carvalho qui accusé le site de ne s’attaquer qu’à son club, mentionnant au passage que le site était possiblement l’œuvre de partisans du Benfica, éternel rival du Sporting. Il faut dire que Football Leaks n’a publié que peu d’information sur Benfica, et que celles divulguées portaient majoritairement sur le transfert d’Ola John, un joueur suédois d’une importance questionnable. Le site a néanmoins perduré révélant entre autres les détails du transfert de Giannelli Imbula, de Marseille au FC Porto, et de l’existence d’un possible Projet Imbula qui aurait pour but de favoriser une spéculation par des fonds d’investissement sur le joueur. Malgré tout, Football Leaks tardait à répondre aux attentes placées en lui, d’autant qu’il ne semblait mettre l’accent que sur le football portugais. Cette situation a commencé à changer graduellement alors que le site a partagé la véritable valeur du transfert de Falcao, de l’Atlético Madrid vers Monaco.

Toutefois, les premières véritables informations à avoir une certaine explosivité furent celles sur le club néerlandais FC Twente, alors que les accords de triangulation du club avec le puissant fonds d’investissement Doyen Sports furent révélés par le site via les contrats de transfert de plusieurs joueurs, dont le milieu Dusan Tadic, transféré à Southampton en 2014. De par ces accords et les difficultés qui affligeaient le club, les volontés du FC Twente se trouvaient subordonnées aux intérêts de ces fonds et donc le club n’était pas maître de sa destinée, certains joueurs devant être vendus si une offre de transfert atteignait un certain seuil selon les accords signés entre Doyen Sports et le club. Cette situation a entraîné un scandale dans le football néerlandais et la Fédération Royale Néerlandaise de Football (KNVB) a  puni le club en lui interdisant de participer pendant 3 ans à toute compétition européenne, le plongeant ainsi dans la tourmente et provoquant la démission de son président.

À la mi-janvier, c’était au tour de l’AS Monaco et de Manchester United, de voir un chapitre de leur journal intime lu en public: celui sur le transfert d’Anthony Martial. Presque simultanément, les Edward Snowden et Julian Assange du ballon rond ont lancé une petite bombe en révélant que Gareth Bale est véritablement le joueur le plus cher de l’histoire, grâce à la publication du contrat de transfert entre Tottenham et le Real Madrid. Selon les détails de l’entente, le Real aurait déboursé un peu plus de 99 millions d’euros via un paiement échelonné auxquels s’ajoutent 1 million d’euros en fonds de solidarité pour les clubs formateurs, un montant imposé par la FIFA. De plus le contrat stipule que les deux partis ne devaient divulguer qu’une seule fois et d’une voix commune que Bale avait coûté 91 millions d’euros, ajoutant à la fourberie de l’entente.

Les coups d’éclat de Football Leaks se sont intensifiées à partir de janvier 2016. Les dirigeants du site ont multiplié les divulgations de salaires, de contrats de commandites et de transferts de joueurs vedettes, comme Luka Modrić, James Rodriguez, Robin Van Persie, Memphis Depay, Luis Suarez, Sergio Agüero, ainsi qu’une pléthore d’accords entre des clubs et des sociétés d’investissements.

Leur plus récente prise d’importance, datée du début avril concerne le brésilien Neymar, dont le transfert depuis le club de Santos était jusque-là entouré de mystère. En publiant la partie de l’entente où le salaire de Neymar est établi, Football Leaks éclaircit certaines zones d’ombres, certes ce n’est pas le coup de circuit tant espéré, mais la diffusion de ces documents permet de voir l’ingénieux montage légal du contrat de la star brésilienne. En effet, selon le document daté de 2013, le numéro 11 du FC Barcelone empoche 5 millions d’euros par année et voit son contrat bonifié de plusieurs montants conditionnels à certaines réussites, dont des titres en Ligue des Champions, en Copa del Rey et en Liga, ainsi qu’une éventuelle élection comme Ballon d’or. Mais là ne gît pas toute l’ingéniosité du document, il est évidemment fort commun de voir des bonis à la performance être ajouté dans les contrats des sportifs professionnels. Ce qui rend le contrat de Neymar si particulier est que l’idole des Auriverdes et des Blaugranas a pour garantie que 45,9 millions d’euros lui seront versés d’ici 2018.

Devant de telles clauses, force est d’admettre que des interrogations sont soulevées lorsqu’un tel joueur déclare jouer pour l’amour du maillot de son club. Certaines mauvaises langues pourraient même aller jusqu’à dire qu’à la lecture de ces contrats, on peut rapidement s’expliquer les déboires de certains joueurs en sélection nationale. Dans le cas de Neymar, ce serait nettement exagéré au vu de sa performance à la Coupe du Monde 2014, où il avait transporté la Seleçao, qui s’était écrasée, faut-il le rappeler, en l’absence de leur figure de proue.

Bref, si Football Leaks était «de la fumée sans feu», comme le déclarait So Foot en octobre, il semble aujourd’hui que ce feu de paille se soit littéralement transformé en un brasier qui est appelé à prendre de l’ampleur. Il y a d’ailleurs fort à parier que certaines personnes influentes du monde du football ont fait de frénétiques appels aux pompiers, craignant le brasier.

[1] La triangulation ou TPO (third-party ownership) est une pratique interdite non rétroactivement par la FIFA depuis mai 2015, qui permet aux clubs de vendre un certain pourcentage des droits d’un joueur à une tierce partie, qui pourra bénéficier d’un pourcentage des recettes d’un éventuel transfert de ce joueur. Cette mesure était souvent utilisée par des clubs de haut niveau ayant des problèmes financiers qui les empêchaient de maintenir un haut standard de performance sur le terrain.