La saison anglaise 2015-16, 1ère partie

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Mai 2015. Chelsea est champion de la Premier League. Leicester City vient d’éviter la relégation grâce à un réveil tardif. Douze mois plus tard, le contraste est frappant. Leicester est champion avec 10 points d’avance sur Arsenal, son plus proche poursuivant. De son côté Chelsea, champion défait, finit au 10e rang. Cette saison qui se termine a été exceptionnelle à tous les points de vue.

Il y a eu de féroces luttes, autant au haut qu’au bas du classement. Il y a eu des surprises et des déceptions. Il n’y a pas à dire, cette année nous avons été choyés. Nous n’avons pas eu droit à la saison typique de EPL, et c’est tant mieux!

Pour faire le bilan de cette saison folle, Mathias Boutin et  Ludovick Martin se pencheront, lors des prochains jours, sur dix points qui ont retenu leur attention au cours des douze derniers mois. Voici la première partie de ce dossier, où l’on oppose deux entraîneurs aux antipodes :

1- Ranieiri, l’anti-coach, par Ludovick Martin

Qu’est-ce qu’un entraîneur? Qu’attend-on de lui? Quelles sont ses tâches? Comment juger son travail? Probablement que si je vous posais ces questions, vous me parleriez de schéma tactique, de 4-4-2, de contre-attaque, de couverture défensive, de jeu en transition…

Et vous n’auriez pas tort. Ce sont touts des éléments auxquels que tout bon entraîneur doit maîtriser. Mais ce n’est pas tout. Il est facile pour nous, amateurs de sports, de voir les athlètes comme étant des êtres supérieurs. On les qualifie souvent de machines bien rodées. Pourtant, dire cela c’est faire abstraction d’un des plus importants facteurs de performances d’un athlète, l’aspect mental.

Pendant qu’à Chelsea Jose Mourinho s’est aliéné ses joueurs en traitant son staff médical n’importe comment, pendant qu’à Manchester City Manuel Pellegrini a perdu toute légitimité suite à l’annonce de l’embauche de Pep Guardiola pour la saison prochaine, à Leicester, Claudio Ranieri menait sa barque de main de maître.

Je ne dis pas ici que sur le terrain il n’a rien fait, au contraire. En tant que nouveau coach il n,a pas tardé à déterminer les forces et les faiblesses de ses joueurs. Il a rapidement mis en place un système qui avantageait son club. Puis, en cours de route, il a modifié ce système pour le rendre plus hermétique. Il a aussi suivi à la lettre les conseils de son staff médical, évitant ainsi les blessures. Mais l’essentiel de son travail est ailleurs.

Ranieri a transformé ses joueurs en champions. Il leur a donné un objectif clair, le maintien. Et même quand c’était évident que Leicester pouvait aspirer aux grands honneurs, il a maintenu cet objectif. Cela a évité une tonne de pression inutile aux joueurs. Il a aussi tenté des trucs simples pour les motiver, comme celui des pizzas promises pour le premier blanchissage de la saison. Il a de plus réussi à garder une ambiance saine et amusante dans son groupe, même si bien des joueurs auraient pu se plaindre de leur utilisation.

En gros, les ‘machines’ qu’il avait devant lui, il les a traités comme des êtres humains, et ces humains ont répondu à l’appel de la meilleure des façons.

2- Guardiola, l’élément perturbateur, par Mathias Boutin

Le 1er février dernier, lorsque les médias confirmèrent la venue de Pep Guardiola à la tête de Manchester City à la fin de la présente campagne, la réaction fut mitigée chez les partisans du club. L’annonce arrivait alors que l’équipe siégeait au 2e rang de la Premier League, menée par un entraîneur qui semblait bien en contrôle de son club. Autant l’excitation d’accueillir un coach aussi réputé motivait les fans, autant ne comprenaient-ils pas totalement la décision de l’annoncer à un tel moment. Cette incompréhension s’ajoutait au fait que Manuel Pellegrini est un homme très apprécié des supporters de l’équipe.

Arrivé en 2013 suite au départ de Roberto Mancini, et avec le statut de champions en titre, le Chilien a mené City au championnat de la Premier League dès sa première campagne. Pas besoin, cependant, de regarder aussi loin pour constater ses mérites : il y a quelques semaines, il a dirigé l’équipe jusqu’en demi-finale de la Ligue des Champions pour la première fois de son histoire.

La saison 2015-16 aura été plus difficile pour Manchester City, le club terminant avec 66 points, au 4e rang, synonyme du 3e tour de la Ligue des Champions. De multiples raisons peuvent être données pour expliquer ce rendement décevant après un été d’investissement record. Outre que les difficultés en défense, la baisse de régime de Yaya Touré et les nombreuses blessures aux vedettes du club, certains critiquent l’annonce hâtive de la nomination de Guardiola à la tête du club comme un démotivant pour la troupe. Avec l’incertitude de plusieurs joueurs quant à leur avenir au club et le manque d’incitatifs de Pellegrini, qui était certain de quitter le club, on ne peut exclure les effets pervers de l’annonce de Pep.

Une saison difficile n’est cependant pas garante de l’avenir, surtout pas avec l’ex-entraîneur du Bayern et de Barcelone qui s’amène pour prendre le contrôle du navire. Avec les ressources financières du propriétaire et le noyau établi de joueurs de qualité que possède le club, Guardiola aura les moyens de construire une grande équipe. Avec la qualification du club en Ligue des Champions, la saison prochaine pourrait bien voir le club anglais se battre sérieusement sur plusieurs fronts.