Les invités-surprise

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À chaque nouvelle édition de grands évènements, que ce soient des festivals de musique ou des tournois de sport, on se désole de l’absence de certaines figures proéminentes du milieu concerné, mais on s’étonne surtout de la présence inattendue, voire intrigante, d’autres participants. L’EURO 2016 ne fait pas exception à la règle, alors que les grands absents ont été abordés en première partie de cette série, le deuxième opus se penchera sur ceux que l’on n’attendait pas et qui ont néanmoins réussi à décrocher leur billet pour la France.

La première surprise, si elle en est une, vient tout droit du cœur des Alpes, plus précisément de l’Autriche. En effet, ce pays montagneux en sera à une troisième participation à la phase finale de l’EURO, après les éditions de 1960 et de 2008, mais il ne s’agit que de sa deuxième véritable qualification, l’Autriche ayant décroché son billet en tant que pays organisateur en 2008. Placée dans le groupe G avec la Russie et la Suède, l’Autriche a littéralement survolé son groupe en amassant 28 points sur une possibilité de 30, avec pour seul faux pas un match nul contre la Suède lors de la première journée de qualification. Die Rot-Weiss-Roten (les Rouge-Blanc-Rouges) ont comme principale vedette le milieu du Bayern Munich, David Alaba qui, à 23 ans, compte déjà 42 sélections. Outre Alaba, les principaux cadres autrichiens sont le défenseur et capitaine Christian Fuchs, champion de la Premier League avec Leicester City, les milieux Zlatko Junuzović et Julian Baumgartlinger jouant respectivement au Werder Brême et à Mayence en Bundesliga, tandis que leur attaque repose sur Marko Arnautović de Stoke City, Martin Harnik du VfB Stuttgart et Marc Janko du FC Bâle.

Une autre équipe ayant étonnamment remporté son groupe qualificatif est la sélection d’Irlande du Nord qui s’est qualifiée pour la première fois de son histoire pour l’EURO. Profitant d’un groupe plutôt équilibré comprenant la Hongrie, la Finlande, la Roumanie et les Îles Féroé, qui a vu sa principale figure de proue, la Grèce, sombrer dès le début du tournoi de qualification, l’Irlande du Nord n’a encaissé qu’une seule défaite en 10 matchs engrangeant au passage 21 points. Toutefois, les Nord-Irlandais auront fort à faire pour résister à la puissante Allemagne et à Robert Lewandowski, meilleur buteur des qualifications avec 13 réalisations, qui s’aligne avec la Pologne l’autre grand rival de l’Irlande du Nord dans le groupe C. Il faut savoir que contrairement à leurs rivaux Polonais et Allemands, les Nord-Irlandais ne peuvent compter sur une super vedette, à vrai dire, ils ne comptent que sur 5 joueurs jouant en Premier League, Chris Baird et Gareth McCauley (West Bromwich Albion); Craig Cathart (Watford); Paddy McNair (Manchester United) et Steven Davis (Southampton). Ce faisant les Nord-Irlandais auront fort à faire pour obtenir leur billet pour la phase éliminatoire du tournoi, néanmoins, si une équipe ne doit pas être considérée comme battue d’avance, il s’agit bel et bien de cette équipe d’Irlande du Nord.

Toutefois, si une équipe doit être qualifiée de surprise de la phase qualificative, nul doute que c’est la sélection d’Islande, qui en sera à sa toute première compétition internationale. Le parcours des Islandais est particulièrement remarquable, eux qui ont pris la deuxième place derrière la République Tchèque, mais devant la Turquie, grâce à une récolte de 20 points dont 6 furent récoltés aux dépens des Pays-Bas. L’effectif islandais provient majoritairement des championnats suédois et norvégiens, mais on y retrouve des joueurs évoluant en Angleterre, en Italie et en Allemagne, notamment. Les Strákarnir okkar (Nos garçons) comptent comme principaux joueurs Ragnar Sigurðsson un défenseur du FK Krasnodar en première division russe, Gylfi Sigurðsson de Swansea City, Birkir Bjarnason du FC Bâle, Emil Hallfreðsson d’Udinese, Kolbeinn Sigþórsson du FC Nantes et le capitaine Aron Gunnarsson jouant à Cardiff City.

L’exploit des Islandais est particulièrement remarquable d’abord parce que contrairement à certains pays comme la Pologne voire même le Pays de Galles qui comptent sur plusieurs bons joueurs, mais aussi sur une super vedette, respectivement Robert Lewandowski et Gareth Bale, les Islandais ne peuvent se fier sur un tel joueur pour transporter leur équipe. Ensuite parce que le pays a connu une progression fulgurante après avoir atteint un creux au classement FIFA, atteignant le piètre 112e rang en 2010 avant de remonter au 21e rang en 2014. Mais ce qui fait de la participation de l’équipe islandaise un exploit en soi c’est que le pays ne compte que 330 000 habitants dont 22 000 joueurs de soccer et réussit tout de même à aligner un effectif impressionnant pour un pays si peu densément peuplé. En comparaison, la troisième ville du Québec, Laval, compte 421 000 habitants et il y a fort à parier que la sélection islandaise ne ferait qu’une bouchée d’une potentielle  sélection lavalloise.

Selon SoFoot, la principale raison de la qualification de l’Islande pour l’EURO, outre l’élargissement de la compétition à 24 équipes, est la construction de stades intérieurs qui permettaient aux jeunes footballeurs islandais de pratiquer leur sport à l’abri du rude climat prévalant sur cette île de l’Atlantique Nord d’où sont originaires les Vikings. L’Islande compte 7 stades intérieurs dont la construction a commencé au tournant des années 2000, ce qui explique entre autres que plusieurs joueurs de la sélection Islandaise soient nés au tournant de la décennie 1990, ceux-ci ayant pu bénéficier des stades intérieurs pour s’entraîner toute l’année et ainsi rehausser le niveau de jeu de l’équipe nationale.

Cette première «génération dorée» du football islandais permet donc à l’équipe de plus être tributaire des performances d’un seul joueur vedette comme ce fut longtemps le cas d’Eiður Guðjohnsen, qui a 37 ans sera le doyen de la sélection islandaise, ou alors celui d’Ásgeir Sigurvinsson, qui fut nommé meilleur joueur islandais des 50 dernières années, qui remporta le championnat d’Allemagne en 1984 avec le VfB Stuttgart.

Il est évident que l’élargissement du format de la compétition, passant à 24 équipes, permit à certaines nations comme celles mentionnées ci-contre ou alors comme l’Albanie, la Hongrie et le Pays de Galles  de se qualifier. Néanmoins au vu des déconfitures grecques et néerlandaises ont comprend mieux la grandeur de l’exploit qu’ont réussi ces invités-surprises.