Patrice Bernier, un capitaine et un homme de terrain

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Patrice Bernier impact TFC 2015 playoffs
Photo: Marc-André Donato

Alors que l’Impact de Montréal traverse une période un peu moins bonne et connaît quelques changements dans l’effectif, le capitaine Patrice Bernier est revenu sur cette actualité chargée. Il a profité de l’occasion pour s’ouvrir sur l’épisode qui l’a secoué l’été dernier, quand les relations tendues avec Frank Klopas l’ont mené à se mettre en retrait quelques jours pour réfléchir à son avenir. Un avenir qu’il voit toujours dans le foot, mais peut-être plus longtemps sur le terrain. Entretien. 

-L’actualité de l’Impact tourne beaucoup autour du mercato, et les arrivées actées ou probables font principalement état de joueurs axiaux, en dehors d’Amadou Dia. Est-ce que les derniers résultats moyens résultent de faiblesses dans la colonne axiale de l’équipe?

Bonne question. (Pause) Je ne pense pas. Des bases ont été mises au départ de la saison et on s’en écarte parfois. On a eu une série de six ou sept matchs où tout allait bien. Il y a eu des blessures qui ont nécessité des changements et on n’a plus eu vraiment de longue séquence avec la même équipe.

On règle rarement les problèmes avec un seul joueur, en dehors du remplacement pour cause de blessure. Je pense donc plutôt que c’est l’équipe qui fait défaut. Est-ce que l’on exécute correctement les consignes ? Parfois oui, mais les matchs nuls prouvent que c’est intermittent, jamais constant.

Après, Didier [Drogba] ne sera probablement pas là l’année prochaine, moi, on ne sait pas non plus, quelques joueurs axiaux comme Donadel sont vieillissants donc il faut préparer l’avenir. Mais concernant nos problèmes actuels, on ne peut pas dire que ce soit exclusivement un problème axial. Après, je ne suis pas l’entraîneur, et ce n’est pas à moi à parler là dessus. Simplement, le club doit faire son travail et combler des besoins supposés ou trouver du renfort.

-Donc le problème est plus disciplinaire et psychologique ?

Oui, car si on regarde nos matchs nuls ou ceux perdus, ils se jouent sur des laps de temps où la concentration fait défaut. Ce n’est pas un défaut dans le jeu. Au Stade Saputo, en dehors du dernier match (Défaite de 3-1 contre NYCFC – NDLR), on a réalisé des prestations où on aurait pu gagner 2 ou 3-0 facilement, comme contre Colorado par exemple. On avait le contrôle, et avec une erreur, qu’elle soit du domaine du placement, de la technique, de la tactique, c’est terminé. On gamberge, on se précipite, on oublie les bases et on laisse filer la victoire. Contre New England, c’était comme ça au départ, et on prend deux buts. On est revenu aux bases et on a remonté notre déficit pour l’emporter 3-2.

-Est-ce que Mauro Biello s’appuie beaucoup sur les piliers comme toi, Didier Drogba, Laurent Ciman, ou il est un entraîneur en retrait, plus observateur ?

Non, chaque jour à l’entraînement, on a un petit caucus. Mauro est assez volubile, il communique avec ses cadres pour prendre le pouls et parler football, sur le dernier match ou le prochain. Simplement, il faut le reconnaître, on est des joueurs de football, et avec les jeunes, parfois, ça rentre dans une oreille et ça sort par l’autre ! Je l’ai été, je le sais bien ! Mauro est méthodique, il travaille, il met en place des choses. Ce n’est pas évident, car on est une équipe avec différentes cultures, et il y a eu beaucoup de blessures. C’est aussi à nous, les cadres, de nous assurer de garder une bonne dynamique, car individuellement, il y a forcément des moments où les choses sont moins faciles pour tout le monde, moi compris. On dispose néanmoins de suffisamment de cadres pour gérer le groupe.

 

« Si j’avais eu 25 ou 26 ans l’an dernier, je ne serais peut-être plus ici »

 

-Justement au sujet de moments délicats, tu en as vécu l’an dernier avec Frank Klopas. Est-ce que cette période te sert aujourd’hui pour soutenir les joueurs en difficulté?

Peu importe ma situation, je transmets les messages et remplis toujours mon rôle. L’an passé, je n’ai rien changé à ma personnalité. Je viens d’ici, c’est mon club, j’ai commencé ici, ça fait huit ans que je suis ici en tout, donc je tiens mon rang. Des fois, c’est vrai que ce n’est pas évident, car tu joues moins, et l’aspect compétiteur est toujours présent donc la déception est là. Cependant, ça ne m’empêchait pas d’être présent à l’entraînement ou à la mi-temps. Ça serait trop facile de rester sur le côté et de laisser faire. Moi, je suis chez moi, je veux gagner ici et je veux finir avec quelque chose de positif. Si j’avais eu 25 ou 26 ans l’an passé, je ne serais peut-être plus ici.

-Ça t’a traversé l’esprit l’an dernier de quitter le club ?

Oui, je ne vais pas le cacher. Je savais que j’étais en bonne forme, que j’avais encore du bon football à donner, donc je me suis posé la question d’aller ailleurs pour bien terminer. Mais à un moment, tu es chez toi, et il y a cet aspect qui te garde ici, le côté du coeur ! J’ai envie de finir ici, et même si tu ne sais jamais dans le foot, jouer sous d’autres couleurs, ça me ferait bizarre. Après, je suis footballeur, j’ai ma carrière et mes envies sur la façon de terminer.

 

« J’aimerais coacher »

 

-Justement, tu l’évoques, ta fin de carrière approche. Est-ce que tu en parles, tu y réfléchis ?

Oui… depuis trois ans. Disons que c’est beaucoup plus présent depuis trois ans. Avant, je savais que je voulais rester dans le foot, mais je n’avais aucune idée précise. Désormais, ça gravite pas mal dans la tête. Il y a l’âge évidemment, puis ce qu’il s’est passé a fait avancer les idées plus rapidement. Donc oui, j’aimerais coacher. Je le fais déjà un peu sur le terrain. Ça vient naturellement, et ça recoupe un peu ce que je suis. J’ai du vécu, je connais la MLS, j’ai joué en Europe, j’ai un lien avec tous les joueurs, car je sais ce qu’est être un étranger dans un groupe, j’ai fréquenté beaucoup de types de football différents en jouant avec des joueurs latins, et j’ai grandi en Amérique du Nord. Je connais la mentalité d’ici.

-Tu la connais d’autant plus que tu viens d’une famille de bâtisseurs du soccer. Ton père est au Panthéon du soccer québécois, et tu sembles vouloir poursuivre dans cette lignée. Est-ce que tu as des discussions au club par rapport à cette possibilité, ou avec la Fédération ?

Je ne suis pas du genre à discuter de ça, car ça signifierait que je suis déjà parti dans ma tête et que je me concentre moins sur le foot. On va voir, il y aura sans doute des discussions pour voir s’il y a des possibilités. Mais ce qui est sûr, c’est que je serai impliqué dans le foot. Que ce soit à l’Impact, à la Fédération du Québec, à l’Association canadienne, dans la mise en place d’écoles de soccer, je veux redonner d’une certaine façon.
En effet j’ai grandi avec un père très impliqué, et auparavant je m’en foutais pas mal de tout ça ! Tout ce qui me préoccupait, c’était de jouer et devenir professionnel, mais plus tu vieillis, plus te rends compte de ce que ton père a fait. Tu penses à rentrer dans les mêmes souliers. J’ai cette possibilité de poursuivre et de m’impliquer. On est peu nombreux à avoir joué à l’extérieur, à avoir eu une longue carrière et une carrière internationale, donc je voudrais transporter ça à la prochaine génération.

-Avant cela, il y a le championnat à jouer, et des ambitions à concrétiser malgré des difficultés sur les derniers matchs.

Oui, des difficultés, mais si je prends les cinq dernières saisons, on est dans le Top 4 pour la deuxième fois seulement. En 2012 on était en bas de classement avant de remonter un peu en fin de saison sans parvenir en série. En 2013, on est resté en haut longtemps avant de glisser au classement, l’année 2014, c’est à oublier, et l’an passé, on était moins bien classé à pareille époque. Aujourd’hui, si on regarde le classement, on fait les play-offs.

Est-ce qu’on doit faire mieux ? Oui. On sait qu’on peut être plus haut dans le classement. J’ai ce côté « jamais satisfait », mais il faut reconnaître avec lucidité que beaucoup de matchs nuls auraient été auparavant des défaites, on compterait 5 ou 6 points de moins, et là, on se poserait des questions. On a des matchs en main, une moitié de saison à jouer, on sait ce qu’il faut rectifier. On a fait des bonnes choses à Salt Lake et Portland où on a retrouvé certaines bases et certaines assurances, mais il faut gagner à domicile. On ne va jouer que contre des équipes de l’Association de l’Est, donc on peut retirer des points directement aux autres équipes. Ce n’est pas catastrophique, c’est simplement moins facile. Avec deux ou trois victoires, on est relancés.

-Et en cas de victoire finale, est-ce que tu partirais là-dessus ?

Je ne sais pas. J’ai encore envie de jouer et j’ai toujours la motivation. C’est comique, car ma femme m’a posé la même question il y a peu de temps ! Tant que j’ai la motivation de jouer et que je prends du plaisir. On va voir… C’est le futur donc je ne peux pas encore trop dire. Dans ma tête, non, je ne me dis pas que je vais arrêter, mais on ne sait jamais.

-Et ta femme, qu’en a-t-elle dit ?

Elle veut que je continue ! Mais la question de la motivation a été centrale, surtout quand tu joues moins. J’aime trop jouer. C’est aussi pour ça que je veux rentrer dans le coaching. Quitter le terrain complètement, ça serait une transition trop difficile. Je veux rester proche du terrain tous les jours. Tant que j’ai encore de la motivation, je vais essayer de pousser, et c’est ce qui compte !