Ballou, la force tranquille

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Photo : impactmontreal.com

Pendant que la twittosphère et les supporters s’agitent autour de son intégration dans l’équipe prmière de l’Impact de Montréal, Ballou Tabla reste imperturbable. Loin du tumulte, il demeure focalisé sur le travail qu’il doit encore accomplir afin de franchir la dernière marche vers la MLS, sans aucune impatience.

Au lendemain du match face à l’AS Roma, qui l’a révélé aux yeux du public montréalais, Ballou Tabla s’est joint à l’entraînement de l’équipe professionnelle, sous un soleil de plomb et dans une ambiance studieuse.

Si les partisans de l’équipe seraient nombreux à y voir le signe annonciateur d’une prochaine signature dans l’effectif de la MLS, après l’avoir vu semer la zizanie dans la défense de l’équipe italienne, le principal intéressé se montre plus mesuré, voire étonné de la confiance qu’on lui accorde : « Ce match, je l’ai pris comme une expérience. Je ne m’attendais pas à rentrer avec les pros, et ça m’a donné le goût de revenir sur le terrain avec eux. Je ne pensais pas avoir du temps de jeu » dévoile-t-il avec franchise.

Dans un milieu où les stars peuvent naître et disparaître rapidement, où l’espoir d’hier devient souvent l’espoir déçu, Ballou préfère se concentrer sur les moyens de réaliser ses objectifs plutôt que de se focaliser sur les louanges: « Aujourd’hui, je suis dans une position où je dois travailler. Il faut que je pousse encore plus pour atteindre mon objectif : signer pro. J’ai encore des défauts sur lesquels il faut travailler et je sais que ça va venir ».

La clé de la méthode Ballou réside sans doute dans trois termes : travail, humilité, patience. Pour lui, comme pour le staff jusqu’à maintenant, il a encore «  besoin de temps de jeu » , ce que lui offre plus facilement l’équipe USL. « C’est ma première année en USL, et je trouvais les matchs difficiles au début de l’année. Je dois m’adapter car je suis un jeune joueur, et j’ai vite sauté les étapes. L’USL, c’est une bonne expérience qui me permet de me confronter à des joueurs américains expérimentés. J’accumule toutes ces expériences et je les prends de façon positive» explique-t-il au moment d’évoquer son évolution. Pas question donc de précipiter encore un peu plus les événements.

Si les résultats sportifs du FC Montréal sont extrêmement décevants cette saison, ce qui est « parfois un peu dur mentalement » pour le jeune homme, il reconnaît que la possibilité de s’aguerrir en équipe réserve est une belle opportunité car « chez les pros, ce n’est pas pareil, le jeu va plus vite » et qu’il a encore besoin « d’enchaîner les minutes ».

Explosif, créatif, percutant, rapide, doué balle au pied, Ballou dispose d’un potentiel intérréssant mais qui connaît cependant encore quelques fioritures. On trouve parmi celles-ci la finition, comme il l’a avoué à la sortie du match face à la Roma. Il est donc à ses yeux indispensable de gommer ces défauts avant de faire le grand saut vers la MLS.

Un staff qui le forme, et Drogba qui veille.

Il ne fait aujourd’hui aucun doute, sauf grave blessure, que ce saut aura lieu. La question est donc désormais de savoir quand. Alors que Mauro Biello a admis que le club avait « un plan » pour son joueur, et que les bonnes performances allaient sans doute accélérer le processus, le pilier du FC Montréal ne dévie absolument pas de sa feuille de route.

Il faut dire que le jeune homme est suivi de près par le staff de l’Impact et du FC. Didier Drogba, Ivoirien comme lui, veille également au grain. « Ça m’est déjà arrivé de l’approcher, ou qu’il vienne me conseiller. Il m’incite à être plus concentré, et nous explique, lorsque l’on monte chez les pros pour l’entraînement, qu’on doit être motivé, qu’on doit prouver que notre place est avec eux. Son apport est toujours axé vers le mental. Il nous répète « Tu as beau aller au gym ou travailler fort, ce n’est pas ça qui va faire de toi un bon joueur » révèle-t-il.

Le respect de l’élève envers le maître est d’autant plus perceptible que Ballou, né en Côte d’Ivoire et arrivé au Québec à huit ans, mesure l’opportunité unique de recevoir les conseils de l’Éléphant ivoirien, au sujet duquel il parle avec respect, voire dévotion : « Didier, pour moi, c’est quelqu’un de grand ! J’ai encore du mal à l’approcher. Il faut comprendre que pour les Ivoiriens, ce n’est pas la même chose. Ils ont « peur » de l’approcher, c’est quelqu’un de très respecté. Ici c’est différent, les gens s’approchent facilement, mais pour moi, ça reste dur ». Cependant, à l’image du temps qu’il a passé avec Kyle Fischer le lendemain du match contre à la Roma face à laquelle le jeune défenseur a souffert, Didier Drogba se montre disponible et tente d’apporter son expérience. Avec Ballou, il lui a expliqué « dès le début de ne pas être gêné, de ne pas avoir peur de [l’]’approcher », lui permettant aujourd’hui d’être « plus à l’aise avec lui ». Pas question cependant pour Ballou de s’enflammer car « dans le vestiaire tout le monde écoute Didier. C’est le chef ! Sa parole pèse beaucoup ».

Si le joueur défend aujourd’hui les couleurs du Canada, la Côte d’Ivoire est le point de départ de son existence autant que celui de sa passion pour le soccer. Il se souvient d’ailleurs avoir « joué en Côte d’Ivoire avec des amis, et dans des petits clubs». Caractérisant le jeu comme « très technique », il assure que « les gars sont plus forts que [lui] »,  simplement freinés par « un jeu très individuel » dû à l’absence « d’encadrement et de structures nécessaires pour se développer ».

Alors que le débat autour de la formation des joueurs au Québec et leur absence dans le soccer de haut niveau est un sujet qui revient souvent, Ballou-Tabla l’assure « c’est au Québec que j’ai appris à lâcher le ballon, à moins dribbler, à savoir quand faire la passe ou tirer, à jouer collectivement », bref, à devenir un footballeur.

Un joueur travailleur et une sérénité à toute épreuve

Aussi à l’aise sur un terrain que discret en dehors, le jeune homme assure « ne pas être du genre à s’emballer dès que quelque chose arrive » et démontre chaque jour que « le coach n’a pas besoin de pousser ou de crier » pour le mettre au travail. On le croit sur parole, tant le ton est posé, les idées claires, le propos réfléchi.

Alors que des rumeurs faisaient état d’un intérêt des clubs anglais d’Arsenal ou de Manchester en avril dernier, le rêve de Ballou serait plutôt de suivre les traces d’un autre joueur québécois : Patrice Bernier. Fidèle à son club, il rêve d’« être un jour un leader de l’Impact et d’être capitaine ». Il n’entrevoit donc pas pour l’instant son avenir ailleurs.

Loin d’être déstabilisé par les sirènes de l’Angleterre, même si « c’est bien de savoir que des clubs sont intéressés », il assure que « tant [qu’il] n’a pas signé pro avec l’Impact, [qu’il] ne gagne pas des matchs ou [qu’il n’est] pas bien mentalement, ça ne va rien changer». D’ailleurs, « les rumeurs ne [l’ont] pas touchés» puisqu’à l’époque « nos prestations en USL n’étaient pas bonnes et que c’est vraiment ça qui importait. » Des paroles que le capitaine Bernier ou l’idole Drogba n’auraient pas reniées!