Le réveil du Dragon

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Si Deng Xiaoping est surnommé «le petit timonier» parce qu’il est l’instigateur de la modernisation économique et sociale de la Chine et incidemment de son ascension au titre de superpuissance mondiale, Xi Jinping l’actuel président chinois s’aligne pour obtenir le sobriquet de «passeur décisif» de l’histoire chinoise.

En effet, grand partisan de football l’actuel président chinois, s’est donné comme objectif de faire de son pays une superpuissance du football mondial d’ici 2050 et de remporter une Coupe du Monde. Un plan fort ambitieux qui a comme but d’avoir 50 millions de joueurs de football de tout âge en 2020, soit dans seulement 4 ans. On espère avoir construit dans le même délai 20 000 centres d’entraînement et 70 000 terrains dans tout le pays afin d’offrir des surfaces de jeu adéquates à tous ces adeptes du ballon rond.

Si l’on en croit les paroles de Sven-Goran Eriksson, ancien sélectionneur de l’Angleterre, qui entraîne maintenant le Shanghai SIPG, une des équipes phares de la Chinese Super League, la Chine pourrait gagner une Coupe du Monde d’ici «10 ou 15 ans».

Il est vrai que le football chinois connait une effervescence sans précédent, comme en fait foi l’expansion de la Chinese Super League, qui, depuis 3 ans, attire à chaque période des transferts plusieurs gros noms, dans un championnat dont le niveau n’est guère plus élevé que la MLS. En effet, les Hulk, Alex Teixeira, Graziano Pellè, Freddy Guarin, Ramires, Paulinho et autres Jackson Martinez, viennent certainement donner une crédibilité à la Chinese Super League ainsi qu’un attrait médiatique. Cependant, il y a fort à se demander quel impact ont-ils véritablement sur le niveau de l’équipe nationale chinoise, aucun d’entre eux n’étant éligible à défendre les couleurs de la Chine en compétition internationale.

Ces doutes sur le réalisme de l’échéancier chinois et sur les paroles d’Eriksson, s’accentuent par la situation qu’ont vécue Didier Drogba et Nicolas Anelka, alors que ceux-ci débarqués en Chine en 2012, avaient rapidement plié bagage du Shanghai Shenhua pour une histoire de salaires non versés. Si la situation au niveau professionnel semble s’être réglée comme en fait foi l’arrivée de la pléthore de joueurs vedettes débarqués dans l’Empire du Milieu dans les trois dernières années, qu’en est-il de celle des joueurs chinois, après tout, ce sont sur eux que reposent les rêves d’une nation toute entière.

À première vue de l’historique footballistique chinois, on se rend compte que le chemin à parcourir pour atteindre la victoire en Coupe du Monde sera long voir même très long. Il faut savoir que la Chine ne s’est qualifiée qu’une seule fois dans son histoire pour la phase finale du tournoi mondial, soit en 2002, alors que le tournoi était disputé conjointement chez leurs voisins japonais et coréens. Sa meilleure performance en tournoi international est une finale de Coupe d’Asie des Nations en 2004, alors que le tournoi était disputé chez eux, les Chinois parvinrent à se rendre en finale avant de s’avouer vaincus face aux Japonais sur un score de 3 à 1.

Lorsqu’on observe les joueurs retenus récemment par le sélectionneur Gao Hongbo, un élément étonne, tous les joueurs sauf deux évoluent dans le championnat chinois, les deux exceptions sont deux jeunes de 19 ans, l’attaquant Zhang Yuning qui évolue au Vitesse Arnhem en Eredivise, la première division néerlandaise, et le gardien Li Zheng qui s’aligne avec Gondomar en troisième division portugaise.

Toutefois, cette situation est en voie de changer, car plusieurs joueurs jeunes joueurs chinois performent pour des clubs étrangers, on en compte entre autres 31 évoluant dans les divers échelons du football portugais, dont deux chez le club de première division de Paços de Ferreira. À ceux-ci s’ajoutent Lin Liangming qui évolue avec la réserve du Real Madrid et Zhang Xiuwei qui fait de même avec l’Olympique Lyonnais II.

Cette situation de fait pourrait nous amener à croire que ce ne sera que la prochaine génération de joueurs chinois qui réussiront à amener l’équipe nationale à un autre niveau, grâce à leurs expériences à l’étranger, les joueurs actuels n’étant peu ou pas sortis du pays et donc n’ayant qu’un maigre bagage d’expérience footballistique.

Or, ce serait négliger l’une des plus grandes réussites du football chinois, qui, contrairement à d’autres pays émergents sur la scène footballistique mondiale comme les États-Unis, a non seulement attiré des joueurs vedettes, mais aussi des entraîneurs étrangers de renommée.

Le passage récent dans la Chinese Super League d’entraîneurs comme Marcelo Lippi, Alberto Zaccheroni, Sven-Goran Eriksson, Radomir Antić, Felix Magath, Jean Tigana ou alors Alain Perrin, qui ont tous connu du succès avec des équipes de très haut niveau dans les championnats européens ou avec des sélections nationales comme l’Italie et l’Angleterre, ne peut qu’être bénéfique afin d’élever la qualité tactique des joueurs chinois ainsi que des entraîneurs chinois.

Sachant que presque tous les joueurs chinois évoluent dans leur championnat domestique, la présence de ces entraîneurs leur permet de bénéficier d’une compréhension du jeu et de conseils similaire à ceux des joueurs évoluant en Europe. Ce faisant le niveau et le volume de jeu de la sélection nationale chinoise commencent déjà à augmenter avec la présente génération de joueurs.

Le grand défi qu’à la Chine devant elle, si elle veut devenir une superpuissance du football,  est de réussir à former des joueurs qui attiseront la convoitise des clubs les plus importants du monde comme Manchester United, le FC Barcelone ou le Paris Saint-Germain. Déjà ces clubs s’intéressent à la Chine pour son bassin incroyable de partisans potentiels pour des raisons monétaires, en plus, quelques-uns comme le FC Barcelone, Chelsea, la Juventus et Manchester United ont déjà des programmes d’académies en place en Chine, afin de bénéficier du bassin exceptionnel de jeunes joueurs.

Nonobstant, ces académies étrangères ne peuvent être le moteur du développement du football en Chine, et il est du devoir des autorités nationales de mettre sur pied un programme de développement, d’entraînement et de détection des jeunes. C’est là que se situe l’une des clefs de l’avenir du football chinois.

Dans un sport où tout système ou toute méthode fonctionnant est sitôt copié, les Chinois n’auront qu’à se tourner vers l’Allemagne pour trouver une méthode de développement capable de mener un pays à la gloire mondiale en moins de 15 ans. En effet, suite à leur débandade à l’EURO 2000 les Allemands ont réformé leur système de développement national et 14 ans plus tard le monde entier voyait la Mannschaft triompher à la Coupe du Monde. La Chine possédant un bassin de population plus de 16 fois plus grand que celui de l’Allemagne, elle détient un net avantage quant aux possibilités de développer un grand nombre de joueurs talentueux.

Si elle veut imiter l’Allemagne, de par son important avantage démographique la Chine devra former un nombre beaucoup plus important d’éducateurs et d’entraîneurs hautement qualifiés, afin que ceux-ci aillent, comme ce fut le cas au pays de Beckenbauer, dispenser des entraînements aux jeunes de tout le pays. De plus, à cause de son importante étendue géographique du pays et de la forte disparité économique entre régions, il sera difficile de rassembler les meilleurs gamins d’une région en un seul et même endroit afin de leur dispenser des formations plus avancées, ce qui fut l’une des clefs du succès du modèle allemand. Ultimement, les systèmes de détections et de recrutement des clubs et de la fédération chinoise devront se doter de capacités d’envergure afin de couvrir les quatre coins du pays et les quelque 50 millions de joueurs envisagés.

Néanmoins, si la Chine réussi à mener à bien ce titanesque chantier, et à voir ses prouesses économiques et techniques elle en est bien capable, et que son championnat national continue de se développer au rythme actuel, les paroles de Sven-Goran Eriksson pourraient s’avérer vraies ainsi on pourrait voir, plus tôt que tard, le Trophée de la Coupe du Monde être soulevé dans la Cité interdite, consacrant ainsi Xi Jingpin en tant que «passeur décisif» du football chinois.