UNE VILLE. UNE LÉGENDE, Ep 1: Marcelo Balboa et les Colorado Rapids

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Certains noms résonnent plus que d’autres. Ces bannières qu’on brandit, ces maillots qu’on retire, ces photos qui s’empoussièrent dans les vitrines d’un soccer passé. Ces légendes des ruelles, essaimées dans l’ombre des sports majeurs, en Amérique du Nord. Ces icônes d’une autre époque qui résonnent aujourd’hui dans le coeur du passionné moyen. Denver a tenu son Georges Best des champs de patates en 1992. Un tackleur fou et irrévérencieux à la dégaine improbable et au franc-parler rageur. Marcelo Balboa. Son nom a parcouru les Etats-Unis d’est en ouest, et du nord au sud, en partant de Chicago, sa ville de naissance. Plongée dans les entrailles fumantes d’un soccer à moustache qu’on se plait à chérir et regretter.

26 Septembre 1992, les quelque 4600 supporters massés dans le petit stade de l’université d’Englewood, Colorado, exultent. Les Colorado Foxes empocher leur premier titre majeur, point d’orgue d’une saison d’American Professional Soccer League (APSL) dominée de la tête, des épaules et des péronés. Il aura fallu attendre seulement 33 minutes et un penalty foireux de Chad Ahston pour sceller le sort des malheureux Tambay Rowdies. Car l’égalisation ne viendra jamais. Comment aurait-il pu en être autrement? Marcelo Balboa, 25 berges au compteur veille au grain, multipliant les tackles et les efforts pour maintenir l’avantage.

Ce soir là, Balboa aura marqué les esprits et les coeurs des quelques milliers venus braver le blizzard automnal. Ce soir là, c’était un peu le rôle du défenseur central moyen, un doux euphémisme dans une ligue américaine agonisante, qui se voyait métamorphosé.

« En tant que défenseur, notre rôle consiste avant tout à briser des trucs » disait Bob Gansler,  sélectionneur national US lors de la Coupe du Monde 1990, et lui même ancien arrière. « Mais contrairement aux autres, Balboa est très à l’aise avec un ballon. Il peut stopper un attaquant sans problème mais il a aussi une belle vision du jeu, un bon jeu long et sait apporter le surnombre à l’attaque ». A cette époque, Marcelo Balboa est déjà un cadre de l’équipe nationale et du San Francisco Bay. Un joueur loué pour sa polyvalence, qui participera à trois Coupes du Monde, artisan malheureux du sublime parcours de son équipe nationale en 1994 et archétype du défenseur moderne, dans une ère post-NASL tortueuse. Balboa accumule les titres de gloire sans y prêter attention. Après la relocalisation des Colorado Foxes à Dallas en 1993, il signe à Leon au Mexique, où il connaîtra ses années les plus productives. Mais le coeur n’y est plus vraiment. Ce fils d’immigrés argentins a forgé son éducation dans le football, dans les traces d’un père joueur aux Chicago Mustangs, mais sa légende s’inscrit dans le soccer, un sport encore indéfinissable où les matchs nuls sont proscrits. toute impasse étant départagée par des  « penaltys », en échappée du milieu de terrain.

« Mon père travaillait la nuit dans un cimetière et il ne rentrait à la maison que le matin », se souvient Balboa. « C’était en 1968, on revenait de l’école avec mon frère Claudio,  et on jouait au parc avec lui. Mais papa avait été clair : pas d’école, pas de soccer ». Sur le terrain, les enfants imitent leur père. le style s’en ressent. Luis Balboa insufflera à ses fils l’enthousiasme du jeu argentin et les qualités inhérentes à son propre rôle aux Mustangs. Gansler, avant d’entrainer le fils, avait bien connu le père, à Chicago : « Luis ne bougeait pas beaucoup sur un terrain, il laissait faire le ballon. Il était tout ce qu’on pouvait attendre d’un numéro 6, d’un véritable distributeur. Il est évident que Marcelo a élargi sa palette technique durant ces années au parc. En d’autres circonstances, Celo serait devenu un bon milieu de terrain ». sa carrière prendra pourtant une toute autre tournure. Lors de ses débuts semi-professionnels en 1987, Celo Balboa rejoint une équipe de San Diego agonisante. L’effectif compte 16 joueurs, et deux se partagent bon-an mal-an la défense centrale. Suivant les conseils de son père, il adapte son jeu et musèle ses véléités offensives, se cantonnant au rôle de défenseur central. Il adopte définitivement le poste après sa signature au San Diego Nomads en Western Soccer League. Balboa traînera ensuite son imposante carcasse au San Francisco Bay et au Colorado Foxes. Jusqu’à ce fameux soir de septembre 1992. Indéboulonnable (et contractualisé) en équipe nationale, il est courtisé par quelques pointures à l’international. Le Colo-Colo cherche à s’attacher ses services, sans succès. En 1994, c’est l’Olympiakos qui tente sa chance, mais c’est au Mexique que Celo posera ses valises, d’abord à Pachuca, quelques heures, lors d’un invraisemblable imbroglio administratif, puis à Leon, finalement.

« Ce changement d’environnement a définitivement élevé mon niveau de jeu. Le challenge était permanent, la moindre erreur et tu faisais la une du journal.Durant mes années aux Foxes, il y’avait deux journalistes pour couvrir l’APSL. Personne n’en avait rien à foutre ».

Balboa fut l’un des premiers à goûter à la rivalité naissante entre les deux nations. Après la Coupe du Monde 1994, l’idée d’une ligue professionnelle aux USA fait son chemin dans l’esprit des investisseurs, pour capitaliser sur le parcours de l’équipe nationale, remettant de fait en question la suprématie du football mexicain sur l’Amérique du Nord. « Avec mes coéquipiers au Mexique, on se foutait continuellement sur la gueule. Et dès que je remettais les pieds en équipe nationale, il fallait des mois pour retrouver la confiance des fans ».

En 1996, il rejoint la MLS au sein du Colorado Rapids, à la maison, comme il se doit. Une franchise qu’il ne quittera plus vraiment. Après sept saisons, 151 matchs, 24 buts, une finale de MLS Cup (1997), une finale d’Open Cup (1999) et un bicyclette mémorable, il rejoint les Metro Stars. De ce golazo justement, il ne gardera aucun souvenir, suite à une commotion en retombant. De son passage dans la franchise de New York non plus. « Un choix douteux » avoue-t-il. Accablé par les blessures à répétition, il ne jouera que cinq minutes lors de cette dernière saison. Mais à l’instar de ses contemporains Fernando Clavijo ou Paul Caligiuri, Balboa a révolutionné son poste en y insufflant plusieurs dimensions. En 2003, son numéro 17 est retiré et il rejoint le Hall of Fame des Rapids. Un honneur amplement mérité, car si les Colorado Rapids version 2016 peuvent se targuer d’avoir l’une des meilleures défenses de la ligue, c’est un peu grâce à lui. Un style, une vista, une coupe Longueuil à part dans le paysage footballistique du moment.

Et son ombre de planer encore longtemps, sur le Dick’s Sporting Goods Park.