Pourquoi l’Impact a mis un terme au FC Montréal

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Photo : impactmontreal.com

Avec la disparition du FC Montréal, de nombreux partisans se sont questionnés sur le développement des jeunes joueurs et y ont vu l’abandon d’une politique ambitieuse concernant la formation. Pourtant, le schéma choisi par l’Impact de Montréal n’est pas une exception et s’inspire de la politique académique des plus grands clubs. À voir si le résultat sera positif au bout du compte pour le club de la MLS.

Joey Saputo a donc tranché en décembre dernier : Deux ans après la mise en place d’une équipe réserve appelée à participer au championnat USL, il a décidé de mettre fin à cette aventure. Si les résultats sportifs médiocres ne resteront pas dans les annales du sport canadien et québécois, l’entreprise aura au moins permis de voir trois joueurs y faire leurs gammes avant leur grand saut en MLS : David Choinère, Jean-Yves Ballou Tabla, et Louis Béland-Goyette.

Si la décision de mettre fin à cette équipe a beaucoup surpris, parfois déçue, même en interne, c’est avant tout car sa logique n’a globalement pas été comprise, ou du moins acceptée.

Avec l’arrivée de sa réserve, le FC Montréal, l’Impact s’offrait une structure similaire à celle de la plupart clubs de soccer professionnel dans le monde, que l’on peut qualifier de « traditionnelle ». Un club dispose d’une équipe fanion dans une division élevée, si ce n’est la meilleure, et d’une équipe 2, censée être un laboratoire de développement pour ses jeunes joueurs.

Si cette structure reste majoritaire dans les championnats européens, ce qui explique qu’elle soit la plus logique aux yeux de beaucoup de monde, une nouvelle tendance s’est dessinée ces dernières années : le partenariat étroit d’un gros club avec un club satellite de moindre envergure. Il s’agit là grosso modo du tableau dressé entre l’Impact de Montréal et le Fury D’Ottawa, qui est devenu le partenaire privilégié de l’Impact depuis la mise à mort du FC. Les joueurs que l’Impact voudra garder dans son giron mais qui sont encore trop justes pour la MLS iront promener leurs crampons à Ottawa avant de revenir mieux armés.

L’un des exemples frappants de cette nouvelle forme d’organisation dans la politique de développement d’un joueur est celui de Chelsea, un club pourtant vu d’un mauvais œil par Joey Saputo depuis l’épisode Drogba de la dernière saison morte. Comme quoi, Joey Saputo ne se fâche pas toujours tout rouge quand on lui parle de Chelsea.

L’équipe réserve des Blues n’existe pas à proprement parler puisqu’elle est en réalité l’équipe des moins de 23 ans. De ce fait, les joueurs âgés de plus de 23 ans, et qui n’ont pas (encore ?) le niveau pour intégrer la grande équipe ne peuvent plus s’exprimer au sein de leur club. Alors que faire des joueurs dont le potentiel demeure intéressant, mais inexploitable en l’état ? Chelsea les envoie dans les clubs satellites ! Pas de transfert définitif et donc un joueur qui appartient toujours au club, une possibilité de développement toujours importante, et une préservation de l’avenir dans laquelle le joueur en question peut toujours exploser ailleurs et revenir s’installer à zéro frais en équipe première. Tout ce petit manège se fait par ailleurs avec l’économie de la mise en place d’une équipe réserve dans le club, beaucoup plus dispendieuse à faire fonctionner.

Concernant Chelsea, l’équipe anglaise a jeté son dévolu sur le Vitesse Arnheim, un club de milieu de tableau dans le championnat des Pays-Bas. L’opération est très rentable pour Chelsea puisque le Vitesse Arnheim est un club autonome, qui joue dans un championnat compétitif mais plus faible que le championnat anglais, à l’image de ce qu’est le Fury d’Ottawa pour Montréal. Le club satellite est une autre entreprise qui dispose de son propre propriétaire, mais qui ne lutte pas dans la même catégorie : Aucune confrontation possible en championnat, des confrontations continentales très improbables, et des budgets extrêmement différents.

La relative faiblesse du budget permet au Vitesse Arnheim de voir d’un bon œil l’apport d’un joueur de Chelsea, même un second couteau, puisque cela lui permet de ne pas dépenser des fortunes en recrutement, et donc de préserver son équilibre précaire, tout en se renforçant de façon intéressante. D’un autre côté, Chelsea peut tester ses jeunes joueurs dans un environnement intéressant.

Aujourd’hui trois joueurs appartenant à Chelsea garnissent les rangs du Vitesse Arnhem : Lewis Baker, Nathan, et l’ancien défenseur du Red Bull de New York, Matt Miazga. Avant eux, Nemanja Matic avait lui aussi connu le Vitesse Arnhem avant de s’envoler pour le Benfica de Lisbonne, échangé contre le défenseur David Luiz, et de revenir finalement à Chelsea dans la peau d’un joueur confirmé. Il faut néanmoins reconnaître qu’ils sont peu nombreux à revenir dans le club londonien jusqu’à présent.

Si le plan tient donc la route pour certains joueurs à fort potentiel, à l’image de David Choinière, Ballou et Béland-Goyette, qui auraient sans doute pris la direction d’Ottawa si une telle configuration avait eu lieu en 2016, les autres joueurs qui garnissaient les rangs du FC Montréal – ou qui ont plus de 23 ans à Chelsea et qui ne parviendront jamais à s’imposer dans ce club – n’ont plus qu’à se trouver un autre point de chute tout seul.

Telle est la loi – implaccable – du haut-niveau.