Jems Geffrard, un Montréalais à la conquête de l’Europe

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james geffrard impact imfc

L’ancien pensionnaire du FC Montréal Jems Geffrard a fait le grand saut vers l’Europe cet hiver, soucieux de poursuivre son apprentissage, mais non sans ambition.

Il a quitté la neige et le froid du Québec… pour un environnement identique ! Malgré les similitudes l’ancien défenseur de l’équipe réserve de l’Impact, le FC Montréal, a bel et bien démarré une nouvelle vie au cœur de cet hiver 2017.

Peu après l’annonce de la fin des activités du FC Montréal, Jems Greffrard, sans contrat et sans grande perspective en Amérique du Nord s’est envolé pour la Scandinavie. Il a posé ses valises à Ekenas, en Finlande, dont le club joue dans le championnat de deuxième division.

Ce nouveau départ, il le doit à une rencontre avec un agent, venu aux nouvelles peu après la fin de la saison 2016, à l’heure où tout le monde se posait encore la question du bien-fondé de l’arrêt du FC. « Après la fin de la saison USL, un agent m’a contacté et m’a demandé si j’étais intéressé pour faire quelques essais dans les pays scandinaves. J’étais un peu sceptique, mais je me suis dit pourquoi pas » précise le jeune joueur au moment de revenir sur ce contact décisif.

Attirés par les progrès du soccer au Québec, et par la relative absence de réseaux internationaux de détection dans ce coin de la planète, certains agents commencent à prospecter dans la belle province. « J’ai fait un premier essai dans un club qui s’est assez bien passé, mais pas suffisamment pour convaincre l’entraîneur. Je suis alors venu ici, à Ekenas. Après une semaine et un match, ils ont pris la décision de me proposer un contrat » relate celui qui a profité de ces nouveaux réseaux pour donner un second souffle à sa carrière.

Si au niveau du jeu, le défenseur ne semble pas inquiet dans sa capacité à s’adapter au football finlandais, c’est surtout d’un point de vue personnel que le changement se fait sentir.

« Partir à l’étranger m’a un peu fait peur » assume Jems Geffrard. « J’étais habitué au cocon familial. Je ne savais pas si j’étais prêt pour partir à l’étranger » explique-t-il, conscient qu’il doit désormais « se prendre en main tout seul », car « personne au sein du club ne va me dire ‘ va voir le thérapeute’ ou ‘va t’étirer ’ ».

Loin de sa famille et de ses amis, ce décollage imprévu il y a quelques mois encore vers l’Europe a fait naître des nouvelles ambitions. « Mon objectif est de rester en Europe et d’aller le plus haut possible, dans une première division européenne » assure Jems Geffrard, qui « ne compte pas pour le moment retourner en Amérique », mais qui, au contraire, « veut vivre cette aventure européenne ».

À l’image de Samuel Piette en Espagne, « un des exemples à suivre » et de Jérémy Gagnon-Laparé, venu garnir cet hiver les rangs de l’AS Vitré, en quatrième division française, Jems Geffrard fait désormais partie du contingent des Québécois en activité en Europe.

 

Intégration et ambition

Désormais de plein pied dans le football mondialisé, où l’apport important des joueurs étrangers permet « d’augmenter le niveau » des championnats, Jems Geffrard va devoir batailler pour se frayer un chemin. Les premiers pas du Québécois dans le pays scandinave se sont néanmoins bien déroulés, grâce en particulier aux nombreux joueurs francophones qui garnissent les rangs des équipes finlandaises. « Il y a beaucoup de joueurs africains qui viennent en Finlande, donc le Français est bien présent. J’ai la chance d’avoir 3-4 amis africains ici, qui m’ont donné des conseils, et je me suis bien adapté » mentionne le joueur de 22 ans.

A l’image des équipes de MLS, le championnat finlandais reprend ses droits au printemps, pour se terminer au mois d’octobre. Pour cette nouvelle saison en deuxième division, Ekenas « n’a pas encore établi les objectifs en ce qui concerne le championnat », mais « le coach a déjà posé les bases sur lesquelles il voulait construire ».

« L’objectif de l’entraîneur est de ne pas encaisser de but, car c’était le problème l’an passé. Il compte sur moi et sur les autres joueurs pour être une solide défense » affirme Jems Geffrard, prêt à montrer qu’il a le potentiel pour s’imposer au club.

Pour y parvenir, il comptera sur ses qualités -« ma vitesse, mon jeu aérien et ma relance » – et sur une attention accrue portée à un physique parfois fragile, qui lui a fait manquer plusieurs matchs avec le FC Montréal. Pour « rester en bonne santé », il entend donc surtout « progresser en dehors du terrain, dans [sa] préparation invisible ». Une évolution qui tient en un mot : professionnalisme.

 

Le FC Montréal, un tremplin

L’exode de Geffrard, et de quelques-uns de ses anciens coéquipiers du FC Montréal, a été précipité par la fin prématurée de la deuxième équipe de l’Impact.

À l’image de plusieurs de ses compagnons d’USL, Jems Geffrard a été « étonné », même s’il y avait « des rumeurs » auxquelles il ne croyait pas. « J’étais persuadé que le fait d’avoir une réserve était la meilleure chose pour le club, et pour les jeunes qui montaient. Si j’avais été U17 ou U18, et qu’il n’y avait pas eu le FC, je ne pense pas que j’en serais là aujourd’hui » explique-t-il, révélant par ailleurs avoir été prévenu de la fermeture par un joueur , dont il a reçu un message avant de venir à l’entraînement.

Malgré son existence éphémère, le FC a donc réussi la mission qu’il s’était fixé : faire progresser ses jeunes. « Le FC m’a beaucoup aidé à grandir en tant qu’homme » relate le joueur, pensif.

Sportivement, mentalement, humainement, l’équipe est parvenue à mener à bien sa mission de formation, à défaut d’obtenir des résultats sportifs tangibles en championnat. « On n’a pas toujours été une équipe performante » reconnaît Geffrard à propos d’une équipe qui a terminé dans le tréfonds du classement de l’USL. Pourtant, il en est persuadé, « le fait d’être jeune et d’affronter des joueurs plus aguerris, ça préparait du mieux possible à la MLS. »

Parmi ces jeunes, seul Ballou-Tabla goûtera pour le moment à la Major League Soccer. Le seul ? Peut-être pas, car certains ont pris la route du club affilié d’Ottawa et pourraient se greffer au collectif montréaliais à l’avenir. Une chose est sûre cependant aux yeux de Jems Geffrard : « Avec la fermeture du FC, ça risque d’être plus compliqué pour les jeunes qui montent.»

Malgré cela, sa génération a pu profiter des installations de grand standing du nouveau centre d’entraînement du Bleu-Blanc-Noir, et ainsi connaître les joies du travail dans des conditions optimales.

L’Europe, son image flatteuse en termes de football et son attrait pour les joueurs n’offrent pas systématiquement les mêmes conditions que le Centre Nutrilait, loin s’en faut. Dans bon nombre de clubs à faibles moyens, comme Ekenas, les infrastructures sont « un peu moins avancées qu’à Montréal » et « assez basiques ».

Si l’aventure montréalaise est donc derrière lui, avec son confort et ses habitudes, l’heure n’est pourtant pas aux regrets et aux états d’âme pour Geffrard, qui n’a que des bons mots envers ceux qui l’ont entouré pendant ces années. « J’ai beaucoup d’amis à Montréal » admet-il, n’oubliant pas de mentionner Philippe Eullafroy et « tous les entraîneurs [qu’il a] eu et qui l’on aidé à [se] forger en tant que joueur et en tant qu’homme », dans un club où il aura finalement « beaucoup appris ».

Un apprentissage dont il se sert aujourd’hui pour mener à bien son expérience finlandaise et sa carrière européene.